Band 
Tome I.
Seite
194
JPEG-Download
 

194

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE XIX.

rope. Les Phéniciens firent venir les produits de l’Imlejusqu’à Ælana, portsitué au fond de la mer Rouge, d’où ils se rendaient par un court trajet deterre jusqu’à Rhinocolura sur la Méditerranée, où on les embarquait denouveau jusqu’à Tyr, leur principal entrepôt. DeTyr, ces marchandises serépandaient facilement sur toutes les côtes de la Méditerranée, c’est-à-diredans toute la Grèce déjà très florissante et très civilisée ; dans toutes lescolonies grecques de la Sicile et de l’Italie méridionale ; chez les Romainsencore grossiers et peu puissants ; dans l’Étrurie, aujourd’hui la Toscane•à Carthage et dans tous les pays de sa domination ; à Marseille, villegrecqueoù les Gaulois, nos sauvages ancêtres, venaient probablement acheter lepeu d’étoffes de soie et de coton, de même que les épiceries qu’ils consom-maient , comme on voit aujourd’hui des naturels de l’Amérique septen-trionale apporter des peaux de castor et d’autres fourrures dans les villesdes États-Unis, et acheter en échange des couvertures, des armes et dela poudre, et de l’eau-de-vie.

On sait les richesses que les Phéniciens retirèrent de ce commerce.L’histoire du peuple hébreu retentit de la grandeur et de l’opulence desvilles de Tyr et de Sidon et de leur territoire ; et, ce que n’avaient pu faireDarius et les forces de l’Empire des Perses, la ville de Tyr seule arrêtapendant quelques instants la marche triomphante d’Alexandre. Ce faroucheconquérant s’en vengea sans générosité ; et afin que sa vengeance fûtéternelle, il fonda la ville d’Alexandrie en Égypte, et détourna le com-merce de l’Orient.

Le port d’Alexandrie, agrandi parles Ptolémées, favorisé par sa positionet par les communications que les Grecs, devenus maîtres de l’Égypte, luiouvrirent avec la mer Rouge, a continué, même sous la domination desRomains et des Arabes, à procurer à l’Europe les produits de l’Asie jus-qu’au moment où Vasco de Gama montra qu’on pouvait franchir le cap deBonne-Espérance. Dès-lors les Portugais d’abord, les Hollandais et lesAnglais ensuite, arrachèrent ce commerce à la Méditerranée, et approvi-sionnèrent l’Europe à meilleur marché et beaucoup plus abondammentqu’on ne l’avait encore fait. C’est ainsi que nous tirions par cette voie cesnankins de Chine que rien chez nous ne remplace encore qu’imparfailc-ment ; ces indiennes dont le nom atteste de même l’origine ; ces étoffesgrossières et colorées dont on achetait les malheureux nègres à la côted’Afrique ; ces mousselines légères comme un brouillard, chefs-d’œuvre del’adresse et de la patience des hommes; et surtout ces toiles de cotonblanches qui portaient les noms indiens de calicots, de percales, et qui,