Band 
Tome I.
Seite
227
JPEG-Download
 

DU SERVAGE DE LA GLÈBE.

227

tiennent à un état de civilisation où le monde n’est parvenu que très tard.Sur trente à quarante siècles qu’embrassent les temps historiques, ce sontà peine les trois ou quatre derniers qui nous en fournissent des exemples.Auparavant, les droits étaient trop mal établis et trop peu respectés, pourpermettre des exploitations qui ne fussent pas fondées sur la violence.Chez tous les peuples de l’antiquité, les terres étaient cultivées par desmains esclaves. La victoire mettait à la disposition du vainqueur, la terreet les personnes des vaincus. Ceux-ci, devenus esclaves, travaillaient parforce. C’est là qu’il faut chercher l’origine de la servitude chez les mo-dernes. Les Romains vaincus furent traités comme ils avaient traité lespeuples qu’ils avaient conquis. Un grand nombre de citoyens romains pé-rirent dans les guerres ; plusieurs sauvèrent leur liberté en se jetant dansle sacerdoce et en convertissant leurs vainqueurs; quelques-uns se con-fondirent avec les conquérants ; les familles des citoyens tombés dansl’indigence déclinèrent et disparurent, et, quant aux hommes qui étaientdéjà esclaves sous les Romains, ils devinrent la propriété des Golhs etdes Vandales : ainsi furent nos ancêtres.

Mais ce n’est pas le tout d’avoir conquis à main armée des ouvriers es-claves ; il faut en maintenir le nombre. Les populations esclaves se renou-vellent peu par elles-mêmes, parce qu’elles n'admettent pas la vie de fa-mille si favorable à l’élèvement des enfants, et que l’éducation d’un petitesclave, qui est une dépense pour le maître jusqu’à ce qu’il soit en étal degagner sa subsistance, rend trop dispendieux ce mode de recrutement. Ilfaut donc toujours acquérir desesclaves parla guerre ; mais, à mesure queles états s’agrandissent, cette abominable manière de se procurer des ou-vriers devient toujours plus insuffisante. Il faut que les nations soienttrès petites, et que chaque bourgade, pour ainsi dire, fasse la guerre à savoisine, pour que leurs prisonniers suffisent à cultiver leur territoire; sur-tout si l’on considèrq que, pour réduire un certain nombre d’hommes enesclavage, il faut en massacrer un certain nombre d’autres. C’est une ob-servation de Turgot : « Que l’Angleterre, la France et l’Espagne, dit-il, se« fassent la guerre la plus acharnée, les frontières seules de chaque Etat« seront entamées ; et cela par un petit nombre de points seulement. Tout« le reste du pays sera tranquille ; et le peu de prisonniers qu’on pourrait« faire de part et d’autre, serait une bien faible ressource pour la culture« de chacune des trois nations '. »

Œuvres rie Turgot, tome V, p. 24. On a fait honneur au christianisme de