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Tome I.
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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.

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Je ne pourrais, sans me livrer à des considérations historiques fort éten-dues, vous montrer par quels degrés insensibles ce genre d’exploitation aété abandonné. Cependant, je vous en dirai quelques mots, pour que vouspuissiez vous rendre raison des vestiges qu’on en trouve encore dans quel-ques parties de l’Europe.

Quand les seigneurs des terres, successeurs des conquérants, se trou-vèrent dans l’impossibilité de faire de nouvelles conquêtes et des esclavesà main armée, ils adoptèrent graduellement un système plus favorable àla formation des familles des cultivateurs ; car, n'ayant d’autre métier quecelui des armes, et ne vivant que de leurs terres, quand le pillage n’allaitpas bien, il fallait cependant que leurs terres fussent cultivées. Ils accor-dèrent à leurs esclaves, qu’on appelait alors des serfs, un demi-affranchis-sement : ils leur permirent de cultiver pour leur compte une certaine éten-due de leurs plus mauvais terrains-, et, pour prix de cette concession, ilsleur imposèrent des corvées, c’est-à-dire, l’obligation de venir cultiver lesterrains que le seigneur s’était réservés à lui-même. Les produits d’unepartie de ses terres servirent ainsi de salaire aux ouvriers qui cultivaientl’autre. Cette concession devint une propriété ; mais il ne fallait pas que leserf pût s’affranchir de l’obligation qui lui avait été imposée ; qu’il pût ven-dre son lot et s’établir ailleurs; car alors le maître aurait donné sans équi-valent une partie de ses terres. Le prix de celte portion de terre dont lemaître avait laissé la jouissance au serf, était le travail obligé de ce der-nier pendant certains jours de la semaine, et pendant certains temps dèl’année. De là la servitude de la glèbe répandue dans presque toute l’Eu-rope, qui attachait le serf à la terre, et dont nous avons eu des vestiges enFrance jusque sous le règne de Louis XVI. Les moines de Saint-Claudeavaient encore des serfs attachés à la glèbe, c’est-à-dire au sol; et c’est,

l’abolition de l’esclavage, en ce qu’il a proclamé l’égalité native des hommes.Malheureusement, les doctrines ne prévalent pas sur les intérêts. L’esclavagen’existait pas chez les peuples du Nord qui envahirent l’empire romain. Ils l’adop-tèrent en même temps qu’ils se firent chrétiens, et il prévalut en Europe 1200 ansencore après que le christianisme fut généralement répandu ; il s’y maintientencore en Russie et ailleurs. Il a été établi de propos délibéré par les nationstrès chrétiennes qui ont fait la conquête de l’Amérique, et il n’y cessera que parl’effet purement temporel des intérêts, qui ne permettront bientôt plus de produired’une manière dispendieuse des denrées que l’on peut se procurer à meilleurcompte d’une autre façon.