Band 
Tome I.
Seite
339
JPEG-Download
 

DES DÉBOUCHÉS.

339

irait des hommes pour les consommer; car les hommes naissent partoutoù ils peuvent obtenir les choses capables de les faire subsister. Les dé-bouchés qui s’offriraient pour eux seraient immenses. Ils ne sont réduitsque par la nécessité où se trouvent les consommateurs de payer ce qu’ilsveulent acquérir. Ce n’est jamais la volonté d’acquérir qui leur manque :c’est le moyen.

Or, ce moyen, en quoi consiste-t-il? C’est de l’argent, s’empressera-t-onde répondre. J’en conviens; maisje demande, àmon tour,par quels moyenscet argent arrive dans les mains de ceux qui veulent acheter; ne faut-il pasqu’il soit acquis lui-même par la vente d’un autre produit? L’homme quiveut acheter doit commencer par vendre, et il ne peut vendre que ce qu’ila produit, ou ce qu’on a produit pour lui. Si le propriétaire foncier nevend pas par scs propres mains la portion de récolte qui lui revient àtitre de propriétaire, son fermier la vend pour lui. Si le capitaliste, qui afait des avances à une manufacture pour en toucher les intérêts, ne vendpas lui-même une partie des produits de la fabrique, le manufacturier lesvend pour lui. De toutes manières, c’est avec des produits que nous ache-tons ce que d’autres ont produit. Un bénéficier, un pensionnaire de l’Étateux-mêmes, qui ne produisent rien, n’achètent une chose que parce quedes choses ont été produites, dont ils ont profité.

Que devons-nous conclure de là? Si c’est avec des produits que l’onachète des produits, chaque produit trouvera d’autant plus d’acheteurs ,1que tous les autres produits se multiplieront davantage! Comment voit-onmaintenant acheter en France huit ou dix fois plus de choses qu’il ne s’enachetait sous le règne misérable de Charles VI ? Qu’on ne s’imagine pasque c’est parce qu’il y a plus d’argent ; car si les mines du Nouveau-Monden’avaient pas multiplié le numéraire, il aurait conservé son ancienne va-leur ; elle se serait même augmentée ; l’argent vaudrait peut-être ce quel’or vaut à présent; et une plus faible quantité d’argent nous rendrait lemême service que nous rend maintenant une quantité plus considérable,de même qu’une pièce d’or de 20 francs lions rend autant de services quequatre pièces de 5 francs. Qu’est-ce donc qui met les Français en étatd’acheter dix fois plus de choses, puisque ce n’est pas la plus grande quan-tité d’argent qu’ils possèdent? C’est qu’ils produisent dix fois plus. Toutesces choses s’achètent les unes par les autres. On vend en France plus deblé, parce qu’on y fabrique du drap et beaucoup d’autres choses en quan-tité beaucoup plus grande. Des produits même inconnus à nos ancêtres ysont achetés par d’antres produits, dont ils n’avaient aucune idée. Celui