TROISIEME PARTIE. — CHAPITRE VI.
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Une pièce d’argent est le résultat du travail d’un mineur, lequel a employéun fonds de terre qui est la mine, et des capitaux qui sont la valeur de sesinstruments, de ses avances. Le métal d’argent a ensuite subi une trans-formation manufacturière entre les mains du monnayeur, qui, pour mettrela pièce au litre, pour lui donner un poids exact, une empreinte, etc., aemployé des connaissances métallurgiques, et des procédés analogues àceux de tout autre manufacturier. Si ces opérations industrielles ont étéfaites pour le compte d’un gouvernement; si les lois ont établi un privilègeexclusif qui ne permet pas à tout le monde indistinctement d’exercer celteindustrie, si le gouvernement, devenu fabricant de monnaie, a jugé àpropos, en vertu de son monopole, de s’en faire payer la façon plus oumoins que les frais de production ; toutes ces circonstances purementaccidentelles n’empêchent pas que la monnaie ne soit un produit quel’on obtient au moyen de ses frais de production.
L’opinion générale est que celui qui échange sa marchandise contre del’argent est plus heureux que celui qui change son argent contre de lamarchandise ; on pense que le sort du vendeur est préférable à celui del’acheteur ; on le pense même lorsqu’il u’y a lésion de part ni d’autre, etque la marchandise vaut son prix. Une preuve qu’elle le vaut, c’est que,pour un sou de moins, le marchand la refuse. Si l’avantage de vendre va-lait un seul sou, dans bien des cas, ce serait un avantage que le marchandpourrait obtenir au prix d’un sou : il suffirait qu’il fît ce sacrifice sur leprix. Il ne le fait pas; néanmoins, on regarde comme un avantage devendre ; et, dans le fait, excepté quand il s’agit des objets que l’on se pro-pose de consommer, il vaut mieux avoir en sa possession de l’argent quede la marchandise, parce qu’une marchandise quelconque n’est à l’usageque d’un certain nombre de personnes qui en ont actuellement besoin,tandis que l’argent est à l’usage de la société tout entière, et qu’il ne peutmanquer de se placer. Celui qui reçoit de l’argent n’a plus qu’un seuléchange à conclure pour se procurer les choses quelconques dont il a be-soin ; tandis que, tant qu’il est possesseur d’une autre marchandise que lamonnaie, il a deux échanges à terminer : il faut qu’il change son produiten monnaie, et ensuite sa monnaie en objets de sa consommation ; et cedouble échange est un désavantage, même en supposant toutes les valeursparfaitement égales. C’est ainsi que l’économie politique vous fait aperce-voir nettement le véritable état des questions, et vous donne les moyensde n’attribuer à chaque sujet que le degré d’importance qu’il mérite.
De ce qu’ou ne recherche pas la monnaie pour la consommer, mais