DU FONDEMENT DE LA VALEUR DES MONNAIES.
389
demande de monnaie que l’on fait dans un tel pays. El pour fixer nos idéessur des nombres, en supposant que la France, dans son état actuel, aitbesoin d’avoir habituellement, dans ses bourses et dans ses caisses, auservice des échanges qu’elle est appelée à faire, une valeur monétaire de2 milliards, c’est-à-dire assez de monnaie pour acheter tout ce que l’onpourrait obtenir, au cours du jour, pour 2 milliards de francs, nous pouvonsregarder cette valeur monétaire que réclament les besoins de la Francecomme une quantité fixe et invariable tant que ses besoins demeurent lesmêmes.
La quantité de la monnaie que l’on verserait en France ne changeraitrien au besoin de monnaie qu’éprouve la nation. Elle n’aurait toujours àoffrir contre de la monnaie que la même quantité de marchandises, etdemanderait à en acheter la même quantité; conséquemment, si l’on jetaitdans la circulation de la France 4 milliards de francs, au lieu de 2 milliardsque, dans uotre hypothèse, elle possède maintenant, ces 4 milliards nepourraient toujours acheter que la même quantité de biens; ils ne pour-raient servir qu’à conclure le même nombre de marchés. La seule diffé-rence qu’il y aurait, seiail que l’on donnerait 2 francs où l’on en donneun; une pièce de 20 sous ne vaudrait plus que ce que vaut actuellementune pièce <de 1Q sous; et il faudrait donner deux écus de S francs pouracheter ce .qu’on obtient maintenant avec un seul.
Ces conséquences sont une suite nécessaire de la nature des monnaieset de l’usage qu’on en fait. Elles nous fournissent l’explication d’un faitconstant et des mieux avérés ; c’est que toutes les fois qu’on a augmentéle nombre des unités monétaires, leur valeur a baissé en proportion, etqu’elle a augmenté à mesure qu’on a diminué ce nombre.
La supposition d’un doublement rapide dans la quantité d’une monnaiemétallique est extrême et inadmissible; toutefois, vous concevez que saquantité pourrait augmenter jusqu’à un certain point. On pourrait multi-plier les écus, et leur valeur diminuerait par suite, jusqu’à tomber un peuau-dessous de la valeur d’un petit lingot du même poids et de la mêmefinesse. Qu’arriverait-il alors? Le propriétaire de la pièce de monnaie nes’en servirait plus comme monnaie ; il s’en servirait comme lingot, parceque le lingot valant davantage, le maître de la pièce acquerrait plus dechoses avec le lingot qu’avec la pièce. En d’autres mots, on fondrait lesmonnaies; rien ne pourrait l’empêcher; la loi la plus sévère ne réussiraitpas à prévenir cette pratique; et cette loi serait injuste ; elle serait uneviolation de propriété, car un écu est la propriété de celui qui l’a acquis