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Tome I.
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TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.

plus longtemps dans leur bourse ou dans leur caisse les sommes dont ilscroient avoir l’emploi. Si je me procure aujourd’hui les sommes dont jen’aurai l’emploi que dans un mois, j’aurai une fois plus d’argent dans macaisse que si je ne me les procure, que quinze jours à l’avance ; car, dansle premier cas, nia caisse contiendra tout à la fois la somme que je doisdépenser dans quinze jours, et celle que je dois dépenser dans un mois.

De quelque façon que ce soit, comme on ne peut pas employer à l’instantmeme l’argent que l’on reçoit, comme il y a des genres d’affaires et deconsommations où l’on a besoin de garder toujours par devers soi unecertaine somme pour faire face aux appels imprévus de fonds, on peutdire qu’une nation , suivant l’état de sa population, de son industrie, etsuivant son activité et son intelligence, a besoin d’employer habituellementune somme quclconquc.de monnaie. Cette somme peut être fort difficileà évaluer ; mais enfin c’est une quantité de monnaie très réelle, et que l’onconnaîtrait, si l’on pouvait, à un certain jour fixé, obtenir de tous les ha-bitants d’un pays une déclaration franche de toute la valeur monétaire qu’ilsse trouvent avoir en leur possession ; car, comme on perd un intérêt engardant de l'argent, je présume ici que personne n’en garde au-delà de eequ’il croît avoir besoin d’en garder'. Si quelques personnes thésaurisent,considérons ici le soin qu’elles prennent de garder un trésor en réservecomme l’effet d’un besoin ; et disons que ces personnes-là ont habituelle-ment besoin de garder par devers elles une certaine quantité d’écus dontles personnes mieux avisées savent faire un meilleur emploi.

De toutes manières, un pays, selon l’étal de sa richesse, de son industrieou même de ses préjugés, emploie une valeur monétaire quelconque, quivarie suivant que le pays prospère ou décline, suivant que l’on sait y mettreou non la monnaie à profit, mais qui, dans un état donné, serait suscept-ible d’une appréciation rigoureuse. Voilà ce qui détermine l’étendue de la

' Cette proposition n’est pas contradictoire avec celle qui établit que l’argentn’est pas la même chose que les capitaux. Tout argent n’est pas capital, tants’en faut ; mais l’argent qu’on emploie dans les affaires pour subvenir aux appelsde fonds que nécessite le mouvement des affaires, fait partie du capital de l’en-treprise; et la portion de monnaie qui reste oisive pendant l’attente est un ca-pital qui perd son temps. Il en est de même au surplus d’un objet destiné à laconsommation, comme un pain de sucre qui attend dans le magasin le momentd’être vendu; avant d’être vendu, il fait partie d’un capital; aussitôt qu’il a passédans les mains d’un consommateur, il ne fait plus partie d’aucun capital.