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TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIV.
mis à nous conserver le prix courant des blés et les différences de prixd’un lieu à l’autre, la quantité d’argent offerte pour avoir une même quan-tité de blé a constamment augmenté jusqu’à nos jours.
En corrigeant les unes par les autres les données plus ou moins impar-faites qu’il a été possible de recueillir sur le prix en argent du blé anté-rieurement à la découverte du Nouveau-Monde, nous pouvons les réduireà une donnée commune de 268 grains d’argent fin pour un hectolitre defroment. 11 en faut donner aujourd’hui six fois autant ; d’où nous pouvonsconclure que la valeur propre de l’argent a décliné dans la proportion desix à un'.
Le rapport de valeur entre l’argent et l’or ne paraît pas avoir beaucoupvarié des temps anciens jusqu’aux nôtres; c’est-à-dire, qu’il était alorsdans la proportion d’un à quinze. Garnier le prouve, selon moi, d’une ma-manière satisfaisante dans son Histoire des Monnaies \ Nous pouvonsconséquemment conclure, sans craindre de nous écarter beaucoup de lavérité, qu’une once d’or valait alors autant que six onces à présent.
Il ne paraît pas que la valeur des métaux précieux ait sensiblement dé-cliné depuis le règne de Louis XIII jusque vers l’an 1760; mais depuiscette année, le prix du blé, sauf les variations accidentelles, a beaucouphaussé. Peut-être une partie de celle hausse est-elle réelle et dépend-elled’une demande plus forte, effet d’une population et d’une richesse crois-santes; cependant, je crois qu’elle est principalement due à la diminutionde la valeur des métaux précieux ; car elle se manifeste sur beaucoupd’autres objets, et peut-être sur tous les objets dont les procédés de fabri-
’ Garnier, qui a fait des recherches fort étendues sur les monnaies des an-ciens, arrive au même résultat par des calculs différents. Voyez son Histoiredes Monnaies, tome II, page 355.
Dans les premières éditions de mon Traité d’Èconomie politique, j’avais crupouvoir établir que l’argent avait baissé dans le rapport seulement de 4 à 1. Lenouveau résultat que j’annonce tient d’abord au choix des nouvelles données quej’ai prises et qui me semblent meilleures, et de plus à ce que j’avais pris pourtype de la valeur du blé, dans les temps modernes, sa valeur moyenne en 1789,faute de données plus récentes, et quoique son prix en argent ait considéra-blement haussé depuis cette époque.
2 Tome I, page 114, et tome II, page 82 et suivantes. Voyez aussi les notesajoutées à sa traduction de Smith, édition de 1822, tome V, pages 632 et 649.