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Tome I.
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INFLUENCE UE LA VIE SOCIALE.

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n’esl pas que je confonde l’aisance avec le bonheur dans les cas particu-liers. Je sais fort bien que, pour être heureux, il faut autre chose encoreque l’aisance ; je sais même que le bonheur se rencontre rarement avec lagrande richesse. Mais pour les nations considérées en masse, c’est autrechose. Leur bonheur dépend de l’aisance avec laquelle leurs besoins sontsatisfaits ; or, au sein de la civilisation, des besoins beaucoup plus nom-breux sont plus facilement satisfaits que les besoins les plus grossiers nele sont dans la vie sauvage, où, sur un pareil nombre de personnes, il enpérit davantage de pénurie que chez les peuples policés. Chez ces derniers,le nombre des familles qui vivent de leur travail et de celles qui jouissentd’une sorte d’aisance est proportionnellement très considérable. Une par-tie de la société vient constamment au secours de la portion la plus misé-rable ; tandis que là où la civilisation n’est pas, chaque famille, ayant àpeine de quoi se suffire, ne peut rien faire pour les autres.

Et comme nos jouissances sont proportionnées à la quantité de besoinsque nous pouvons satisfaire, il suit que l’état de la société, en multiplianttout à la fois nos besoins et nos ressources, augmente considérablementnotre bonheur. Non-seulement il augmente le bonheur qui tient à la sa-tisfaction des besoins du corps, mais encore celui que nous recevons dela culture de l’esprit. C’est la production, c’est l’aisance qui nous procuredes livres, qui nous permet les voyages, qui nous rend, comme le dit unpoète :

Contemporains de tous les âges

Et citoyens de tous les lieux.

Les plaisirs même de l’àme dépendent, jusqu’à un certain point, de l’a-bondance de ces biens que l’on a cru flétrir en leur donnant l’épithète dematériels; comme sil’on pouvait élever sa famille, exercer la bienfaisance,servir son pays d’une manière désintéressée, offrir enfin le spectacle desplus belles qualités de l’âme, sans celte portion d’aisance, fruit delà pro-duction des richesses, et qui ne se rencontre un peu généralement quedans l’état de société, et même dans une société assez avancée.

Certains philosophes ascétiques ont prétendu qu’on est toujours assezriche quand on sait vivre de peu, et, conséquemment, ils ont mis au pre-mier rang des vertus la modération dans les désirs '. Ils ont raison en ceci,

1 « 11 s’en faut de beaucoup, disait Socrate, que le bonheur consiste, comme« le vulgaire semble le croire, à multiplier indéfiniment nos besoins et les jouis-« sances de tout genre qui peuvent les satisfaire. Le bonheur consiste à res-