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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE I".

que nous ne devons pas désirer ce qui peut nous devenir préjudiciable,et je comprends là-dedans ce qui blesse la justice et outrage la vertu.| L’homme qui aspire à des jouissances qui sont au-dessus de sa portée, estassurément fort malheureux; et celui-là est sage qui sait s’en passer;mais du moment que l’on peut y atteindre par des voies légitimes, on faitpreuve de sagesse comme de capacité quand on se les procure. Se passerde ce qu’on n’a pas, est la vertu des moutons; mais il convient à deshommes de se procurer ce qui leur manquel

Je ne prétends pas au reste faire l’apologie des désirs immodérés. Je neparle que des besoins que la raison avoue ; et la raison n’avoue point lesexcès de la sensualité qui nous -détruisent, ceux du luxe et de la vanitéque l’on ne peut satisfaire qu’aux dépens d’autrui. Ce n’est pas là de la ci-vilisation ; c’est au contraire chez les peuples encore un peu barbares qu’onen trouve des exemples. Les richesses d’un Lucullus étaient le fruit de larapine. On en peut dire autant de celles de plus d’un traitant de nos jours.Or, c’est un étal encore imparfait de la société, que celui où l’on peut par-venir à se satisfaire par de semblables moyens ; et sous ce rapport, on peutdire qu’aux États-Unis l’art social est plus avancé qu’il ne l’est en Europe.

La civilisation et le développement de l’industrie, qui sont au total sifavorables au bonheur des nations, ne le sont pas moins à leur perfection-nement moral, quoique celte vérité ait été vivement contestée. La civili-sation nous donne de nouveaux besoins ; mais en même temps elle nouspermet, elle nous ordonne de les satisfaire par de bons moyens. Sansdoute, elle offre des exemples révoltants de cupidité, de mauvaise foi, despoliations; mais elle en offre beaucoup moins, sur un pareil nombred’hommes, que l’État de barbarie; ce sont des exceptions, et nulle sociéténe pourrait subsister si ces crimes devenaient de droit commun. En tout

« serrer, le plus qu’il est possible, la sphère de nos besoins. » Voyez le Discourspréliminaire de la Morale d'Arislote , par M. Thurot, p. 25. Les anciens n’avaientaucune idée de la nature des richesses et des moyens de les multiplier. Ilscroyaient qu’elles ne s’obtenaient jamais que par la fraude ou la rapine ; n’ayantpas su réduire en préceptes l’art de les créer, le plus sublime effort de la vertu,pour eux, consistait à s’en passer. De là la doctrine des premiers chrétiens surles mérites de la pauvreté. Quelques philosophes modernes, comme J.-J. Rous-seau, ont été imbus des mêmes opinions, faute d’idées exactes sur l’économiedes sociétés.