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QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE 1er.
l'habitude et de l’adresse. Tout cela ne peut être le fruit que du temps etde soins constants que redoute notre paresse naturelle. Voilà pourquoi labarbarie des nations est si prolongée et leurs progrès tellement lents, queles amis de Tordre et de l’humanité en sont quelquefois découragés. Lavie des peuples policés est insupportable pour les sauvages ; ils ont con-tracté l’habitude de l’oisiveté, et la civilisation réclame l’activité du corpset de l’esprit, le travail, la pensée. On a fait de cette disposition à l’incurie,à la paresse, la matière d ! un éloge pour les sauvages ; c’est au contraireun sujet de blâme : rien ne se fait de bon avec la paresse, et comme lesbesoins de l’homme subsistent néanmoins, il les satisfait par le moyen dela violence, de l’injustice, de la férocité.
Il n’y a pas encore cent ans que Ton était tellement sauvage dans cer-taines parties des pays les plus civilisés de l’Europe, que Ton n’y subsistaitque de hasards fortuits et de brigandages; mais depuis cent ans, les restesde barbarie disparaissent successivement, parce que l’industrie gagne deproche en proche et s’introduit partout. Les habitants du cap de la Hogucen Normandie, ont été [considérés longtemps comme une race perverse,capable même, dans certaines circonstances, des plus grands excès. Leurair était farouche; et les archives de l’amirauté de Cherbourg font foi quele peuple de ces cantons ne vivait que des débris des naufrages. Le jouroù un navire était échoué, était un jour de fêle pour lui, comme pour lesanciens peuples de la Tauride; et lorsque la saison était mauvaise, c ! est-à-dire, lorsqu’on n’avait point de tempêtes, il s’y commettait des crimesatroces. Mais du moment qu’on a montré à ces peuples le parti que Tonpeut tirer, pour en faire de la soude, du varech qui croît abondammentsur leurs côtes, tout a changé de face. La récolte de cette plante marine,sa combustion, son commerce les ont civilisés; et maintenant il y a peud’endroits delà côte où les naufragés trouvent des secours plus charitableset plus intelligents. Je n’ai pas besoin de vous dire que l’aisance et la po-pulation de ces cantons ont fort augmenté.
Les habitants des îles Sandwich, de ce groupe d’îles qui se trouve aumilieu de la mer Pacifique, étaient au nombre des plus féroces insulairesqu’eût visités le capitaine Cook. Ce furent eux qui massacrèrent cet habilenavigateur, il y a un demi-siècle à peine; et déjà l’exemple de l’industrie eu-ropéenne civilise ces peuples naguère anthropophages. On aborde main-lenantchez eux, non-seulement sans danger, maisavcc profit. Us font desprogrès rapides, et commencent peut-être un empire puissant. Ils ont unemarine marchande et une marine militaire. Us fournissent des marins