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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE I<”\
le marchand a vendu, il est plus indépendant encore. Il est maître duproduit même des terres ; car le propriétaire ou son fermier ne sont pasmoins empressés de se défaire de leurs produits, que le manufacturier etle marchand ne l’ont été de vendre les leurs.
Les propriétaires conservent un peu plus d’influence sur leurs fermiers;encore cette influence est-elle bien déchue depuis que les propriétaires,pressés par leur luxe et par leurs besoins," ont donné leurs fermes au plusoffrant. Jadis le fermier, espèce de serf affranchi, cultivait pour son compte,et moyennant de faibles redevances, une terre que, quelque temps aupa-ravant, il cultivait comme esclave. Le propriétaire ne renvoyait point ceserviteur de la glèbe pour donner le bail à un plus entreprenant qui enoffrait davantage. Mais, du moment que lebail a été-donné au plus offrant,et que la ferme à été portée à son entière valeur, le fermier est devenul'égal du propriétaire. Ce n’est plus une faveur qu’on lui a conférée : c’estun contrat à prix défendu qu’on a passé avec lui. Le fermier, payant leloyer de la terre selon son prix , a pu, étant expulsé, trouver une autreferme aux mêmes conditions à peu près, et consacrer son capital à uneautre exploitation.
Pendant que les fermiers et les cultivateurs deviennent plus indépen-dants par une industrie mieux entendue et par leurs épargnes accumu-lées, les capitaux des manufacturiers et des marchands s’accumulent plusfacilement encore. Les industrieux les pli» habiles amassent des fortunesplus grandes, bien souvent, que celles des anciens propriétaires terriens ;et toutes ces fortunes, les petites comme les grandes, et toutes les fa-cultés industrielles qu’elles mettent en valeur, sont des fonds nouveauxqui procurent à leurs possesseurs des revenus, nouveaux aussi, entière-ment indépendants des revenus territoriaux.
C’est ainsi que les progrès de l’industrie établissent entre les hommesdes liens, des relations, par le moyen desquels ils sont en même tempsindépendants chacun de son côté, et pourtant obligés de se ménager ré-ciproquement. Au milieu de ce concert d’intérêts différents sans être con-fraires, les lumières cheminent, les institutions sociales se perfectionnent,et l’aisance générale s’établit. Mais pour qu’un pays puisse se dire plus ci-vilisé qu’un autre, il ne suffit pas qu’il s’y rencontre un petit nombre depersonnes supérieures en talents et en qualités sociales à tout ce que l’onpeut rencontrer ailleurs : il faut que ces avantages se trouvent plus géné-ralement répandus. Sous Louis XIV, la France avait des savants, desgens de lettres, des artistes du premier ordre, et qui ne rencontraient