INFLUENCE DE LA VIE SOCIALE.
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leurs émules en nul autre pays; mais combien peu en avait-elle ! et enmôme temps combien le reste de ses habitants n’était—il pas encore dé-pourvu de lumières et d’industrie ! Molière nous peint un riche bourgeoisde la capitale, type des gens de son état, qui, pour toute bibliothèque, neveut qu’un seul livre, le Plutarque d’Amyot; et ce n’est pas pour le lire,c’est pour y mettre en presse ses rabats’. Dans les provinces, c’était bienpis. Point de cultivateur qui ne fût un paysan 11 e sachant ni lire, ni écrire,ayant tous les préjuges d’un paysan. Le marchand ne valait guère mieux;cl la noblesse campagnarde, hormis l’orgueil, avait peu de chose au-dessusde la classe plébéienne. U faut voir avec quel mépris madame de Sévignéparle des gens de sa caste avec lesquels elle est obligée de faire sociétéen Bretagne’.
Les beaux-arts, qu’on devrait appeler les arts d’imagination”, sansdoute étaient cultivés en France avec un grand succès; mais ils peuventdevancer chez un peuple la véritable civilisation. Dans ces arts-là, laperfection semble être le fruit d’une aptitude naturelle, d’une finesse d’or-gane qui est l’apanage de certaines contrées et de certains hommes quiatteignent le but du premier coup, quoiqu’ils demeurent inférieurs, dumoins pour un certain temps, à tous les autres égards. Les Grecs encoregrossiers savaient faire de beaux vers et les goûter. Ils avaient des sta-tuaires que nous n’avons pas encore égalés. Les italiens ont l’oreille justeen naissant; et leurs plus ineptes villageois chantent en parties, tandisque chez des nations plus avancées, il y a des classes beaucoup plus re-levées où l’on ne sait produire que des sons discordants. On 11 e peut doncpas juger complètement de la civilisation d’un peuple parle degré où il aporté les beaux-arts. Le peuple le plus civilisé est celui où il se rencontrele moins grand nombre d’hommes ignorants et brutaux ; c’est celui où autotal il y a le plus de lumières, d’activité utile et de bon sens.
I Quand je dis que la nation la plus civilisée est celle où il y a le plus de
1 Femmes Savantes, acte II, scène 7,
2 « 11 est drôle ici le prochain. » Lettres de Sèvignè.
” Je les appelle arts d'imagination, quoiqu’ils semblent être plutôt des artsd'imitation, du moins la poésie, la peinture, la sculpture. Mais l’imagination neconsiste pas à créer ce qui 11 ’a aucun modèle dans la nature; elle consiste à sa-voir se représenter vivement ses modèles, ainsi que les actions qui leur sontpropres, à les combiner, et à les rendre avec feu en même temps qu’avec naïveté,Or, c’est là le but des beaux-arts.