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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.

Mais plusieurs opérations ont concouru pour un seul produit. Quel serale propriétaire du produit? sera-ce le propriétaire du fonds de terre, oucelui du capital, ou celui qui aura fourni les services industriels? Mes-sieurs , vous n’avez pas sûrement oublié que les propriétaires des fondsproductifs vendent leurs services, les services de leurs fonds, à un entre-preneur d’industrie, et par celte vente lui cèdent tous leurs droits sur leproduit; dès lors l’entrepreneur d’industrie devient légitimement l’uniquemaître de ce produit.

Vous voyez que pour que la production ait lieu, il faut que la propriétédu fonds et celle du revenu soient également garanties ; que sans cettecondition indispensable, nul ne voudrait cultiver un fonds de terre, fairel’avance des capitaux nécessaires à son défrichement, élever les bâtimentsque réclame son exploitation, confier à la terre les semences qui peuvents'y développer, ni même se donner les soins, prendre les peines que néces-site la direction de tous ces travaux. J.-J. Rousseau, d’un ton un peu décla^matoire, dit, en parlant du premier qui s’avisa d’enclore un terrain : « Que« de crimes, de meurtres, de misères et d’horreurs, n’eût point épargnés« au genre humain celui qui, arrachant les pieux, ou comblant le fossé,« eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouler cet imposteur! vous« êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est« à personne. » Rousseau eût été moins brillant, mais plus près de lavérité, s’il eût dit : « Lorsque les fruits sont à tous et que la terre n’est à« personne, la terre ne produit que des bruyères et des forêts, ainsi qu’on« le voit au pays des Esquimaux. Si vous voulez manquer de tout, comme« ces sauvages, vous n’avez qu’à nommer imposteur le premier qui en-« clora un champ; après quoi vous arracherez les pieux qu’il aura plantés;« et si, à la suite de ce judicieux exploit, votre pays ne produit presque« rien qui puisse adoucir votre existence ni augmenter votre population,« vous n’en aurez pas moins tous les vices des nations les plus civilisées :« l’avidité, la perfidie, les jalousies, les haines, les meurtres; et vous« mangerez vos prisonniers de guerre, après les avoir fait mourir dans« les tourments, comme cela se pratique dans les pays où il n’y a ni pro-« priélés, ni industrie. »

Je ne me suis permis celle critique, messieurs, que pour vous retracerce que vous savez aussi bien que moi : c’est que la civilisation, si elle nenous préserve pas de tous les maux attachés à notre condition d’honnnes,nous préserve du moins d’une partie d’entre eux, et nous offre des dé-dommagements pour le reste. Les facultés de l’homme, par les dévelop-