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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.

ravissent à d’aulres, ou du moins comme ne distribuant pas les richessesproduites d’une manière proportionnée à la capacité des producteurs, etqui voulaient, en conséquence, d’abord que les biens d’un décédé, au lieude devenir la propriété des héritiers ou des légataires, fussent distribuésaux personnes les plus dignes de les posséder, ou les plus capables de lesfaire utilement valoir. Sans doute la législation peut régler le partage dessuccessions ; mais eii premier lieu, en ôtant à un père la transmission desbiens à ses enfants ou à ceux qu’il choisit pour ses légataires, on détruitun des plus puissants motifs d’augmenter par l’épargne les capitaux dupays, et l’on remplacerait ainsi la successibilité par un arbitraire féconden abus. La même secte voudrait que les productions fussent mises encommun, eL la disposition des capitaux productifs mise entre les mainsd’un chef de la société ou d’un consul, qui choisirait tous les chefs d’en-treprises et leur remettrait les capitaux dont ils auraient besoin à la ma-nière d’un commanditaire, comme si un chef ou des chefs d’une sociétépouvaient connaître la probité et les talents industriels des hommes, surlesquels on se trompe tous les jours lorsqu’on est directement intéressé àporter sur eux un jugement.

Si l’on pouvait mettre en doute les heureux effets de la propriété exclu-sive, j’engagerais à lire ce que dit le voyageur Bernicr sur la plupart despays orientaux où le prince est le propriétaire du sol et l’iniritier de tousles décédés. On y verra les tristes résultats de cette législation, d’où dé-coule l’indigence des nations et leur faiblesse, qui est telle, qu’au milieudu 1? siècle, il prédisait que l’Inde, malgré son éloignement, dèviendraitla proie d’une nation d’Europe où la propriété serait établie; prédictionqui s’est vérifiée'.

Je vous ai dit, messieurs, que le droit de propriété n’était accompagnéde tous ses effets que lorsqu’il existait dans toute sa plénitude et danstoute sa réalité ; mais je n’ai pas prétendu que hors de là il ne fût accom-pagné d’aucun effet. Nous serions bien malheureux qu’une garantie im-parfaite ne valût rien de plus qu’une garantie nulle ; car il y a peu de nossociétés, même parmi les plus civilisées, où les droits des propriétairessoient complètement à l’abri de toute espèce de violation.

Ces violations ont eu lieu aux époques mêmes où l’on se vantait d’avoirrestauré le bon ordre et les lois. Bonaparte arrivant au pouvoir, sous eou-

1 Voyage de Bernicr, tome I, pages 312 à 335.