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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE II.

Sî4

ruiner quruid on manque de connaissances, de jugements et de capitaux,serait bientôt un pays ruiné faute d’activité et d’industrie.

Le bien général exige quelquefois le sacrifice d’une propriété particu-lière. Et sans doute que la conservation du corps social qui garantit lapropriété doit l’emporter sur la conservation de la propriété elle-même.Cependant, comme un particulier peut posséder à aussi juste litre quele corps social, le corps social lui doit une indemnité. La difficulté con-siste à la régler équitablement ; c’est un des points où Ton peut le mieuxjuger du degré d’avancement où se trouve l’art social.

Et d’abord quelle certitude a-t-on que les intérêts de l’État soient bienentendus? Un ingénieur maritime vient dans mes bois, il marque lesarbres qui conviennent à la construction des vaisseaux de l’État; et, dèsce moment, je ne peux plus en disposer. Un autre agent vient dans mescelliers contrarier toutes les opérations de mon industrie pour enlever,au nom de l’État, mon salpêtre. Toute objection semblerait déraison-nable, incivique. Cependant, si une guerre maritime est contraire aux in-térêts commerciaux du pays ; s’il est prouvé que des vaisseaux construitsà grands frais doivent nécessairement devenir la proie de l’ennemi ; s’ilest incontestable que l’intérêt du pays est de se procurer le salpêtre desa consommation par la voie du commerce extérieur, que ce moyen rendmême nos approvisionnements plus assurés au cas où toute communica-tion serait interdite avec le dehors’, en supposant le particulier complè-tement indemnisé, l’État ne Test pas.

La nécessité de maintenir le corps social justifie en tout pays la levéedes contributions. Elle est incontestablement une atteinte portée à despropriétés légitimement acquises ; mais il faut bien contribuer d’une partiede son bien pour assurer la conservation du reste. Cependant, si les con-tributions du public étaient portées beaucoup au-delà de ce qui est néces-saire pour protéger le public, il serait difficile de ne pas envisager ce sur-plus comme une spoliation, comme un sacrifice purement gratuit, exigéde force de la part des particuliers. Je dis exigé de force , même sous lesgouvernements représentatifs, parce que l’autorité peut l’avoir rendu telle-ment nécessaire, que Ton ne puisse le refuser. Si notre gouvernement parexemple a provoqué la haine et la vengeance d’une autre nation, il fautbien que nous nous mettions en mesure de nous défendre. Ce serait bienplus forcément encore que Ton lèverait ces contributions exagérées, si

1 On trouve d’autant plus de salpêtre au-dedans, qu’on Ta laissé s’accumuler.