DE L’INFLUENCE DU DROIT DE PROPRIÉTÉ. 515
ceux qui doivent être les représentants des intérêts nationaux entraienten partage avec les spoliateurs.
La portion des contributions qui sert à payer l’administration de la jus-tice, paie une protection très utile; mais dans les pays où la justice n’estpas équitablement rendue, non-seulement on soumet les citoyens ou sujetsà des spolations iniques qu’on décore du nom de jugements, mais on leurfait payer la justice qu’on ne leur donne pas, ce qui est une autre spolia-tion. C’est une des violations de propriété les plus contraires à la pros-périté publique. « La misère de l’Espagne et du Portugal, dit Smith, en« parlant du temps où il écrivait, doit être attribuée à différentes causes,« mais par-dessus tout à l’administration irrégulière et partiale de la jus-« tice, qui protège souvent le débiteur puissant contre les réclamations du« créancier sans appui. On craint de travailler pour d’autres que pour soi. »J’ajouterai à ce que dit ici l’auteur anglais, qu’il ne faut peut-être pas cher-cher ailleurs la cause de la paresse et de l’apathie que Ton reproche auxhabitants de certains pays. C’est sans doute le despotisme plus encore quele soleil qui détruit toute émulation dans leurs âmes; surtout lorsqu’à l’ini-quité des jugements se joiguenl des violences qui ne laissent aucun repos,| aucun refuge à l’industrie. C’est ce qui devient frappant à la lecture despassages suivants tirés du yoyage en Syrie et en Égypte , de Volney.
« Le commerce de Tripoli (de Syrie), dit cet auteur, consiste presque« tout en soies assez rudes, dont on se sert pour les galons. On observe, « que de jour en jour elles perdent de leur qualité. La raison qu’en donnent
i « les personnes sensées, est que les mûriers sont dépéris au point qu’ils« n’ont plus que des souches creuses. Un étranger réplique sur-le-champ :« Que n’en plante-t-on de nouveau? Mais on lui répond : C’est là un propost « d’Europe. Ici l’on neplante jamais;parce que si quelqu’un bâtit ouplante,« le pacha dit : Cet homme a de l’argent. Il le fait venir ; il lui en demande.« S’il nie , il a la bastonnade ; et s'il accorde, on la lui donne encore , pour« en obtenir davantage.
« C’est par les désordres d’un tel régime, dit ailleurs le même voyageur,« que la plupart des pachaiics de l’empire se trouvent ruinés et dévastés.« Celui d’Alep en particulier est dans ce cas. Sur les anciens registres« d’impôts, on y comptait plus de 3200 villages : aujourd’hui le collecteur« en réalise à peine 400. Ceux de nos négociants qui ont 20 ans de rési-. « dence, ont vu les environs d’Alep se dépeupler. Le voyageur n’y ren-
■ « contre de toutesparts que maisons écroulées, citernes enfoncées, champs
« abandonnés. Les cultivateurs ont fui dans les villes où leur population