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Tome I.
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DE L’INFLUENCE DU DROIT DE PROPRIETE.

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la peine à croire qu’aucun interprète des lois, aucun agent du princepussent les violer impunément.

Mais ce n’est point par la violence et par la force que cette opinion peutpasser dans les mœurs; c’est par l’instruction. Le pauvre, quand il estignorant, voit la propriété du riche avec envie; les huissiers et les gen-darmes qui la défendent lui apprennent seulement que le riche le regardecomme son ennemi ; cela lui fait considérer tout ce qu’il peut s’appropriercomme un fruit de la guerre, comme un butin légitime. Qu’il devienneplus instruit, et il saura que tout homme, même le plus pauvre, est inté-ressé au maintien de la propriété.

Rappelez-vous, je vous prie, ce que c’est que la production. Le travailde l’homme ne peut rien sans des capitaux ; mais ces capitaux ne sontrien s’ils ne sont des propriétés exclusives. Qui est-ce qui serait assez foupour se créer un instrument dont il n’aurait pas la jouissance? pour bâtirun atelier qui ne lui serait pas exclusivement réservé? Un ouvrier, sansaucune propriété que ses doigts, est donc plus intéressé que qui que ce(! soit ù ce qu’il y ait des capitalistes qui lui offrent des ateliers, des matières[ premières et des outils.

La terre elle-même, qui peut passer pour un capital donné gratuite-ment par la nature, il importe à l’indigent qu’elle soit une propriété, dût-elle être donnée à un autre qu’à lui. Le manouvrier qui s’offre pour la-bourer un champ, ne trouvera point de champ à labourer si la propriétédes terres n’est pas reconnue. — II labourera la première terre venue ,dira-t-on. Mais le premier homme venu ravagera ou recueillera sa ré-colte ; et il restera pauvre et dépourvu ; tandis que si la terre avait été unepropriété respectée, le pauvre, en qualité de manouvrier, aurait pu pré-tendre à une partie de ses produits.

ï C’est un très grand malheur que d’être pauvre, mais ce malheur est:bien plus grand lorsqu’on n’est entouré que de pauvres comme soi. Aldéfaut de richesses pour soi, on doit en souhaiter pour les autres. Un in-digent a infiniment plus de moyens de gagner sa vie et de parvenir à l’ai-sance s’il se trouve au milieu d’une population riche, que s’il n’est entouréque de pauvres comme lui.

Et remarquez qu’ici l’espoir du pauvre ne se fonde point sur la charitédu riche, ressource insuffisante et précaire. Il se fonde sur son intérêt.C’est pour son intérêt que le riche fournit au pauvre un terrain pour leJ cultiver, des outils, des engrais et des semences, et qu’il le nourrit jusqu’àla récolte.