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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.

compose de fonds industriels, comme ils ne sont pas aliénables, nous nepouvons les évaluer que d’après ce qu’ils nous rapportent. L’ouvrier qui,par le moyen de ses forces corporelles et de son intelligence, telle quelle,peut gagner un salaire de 20 sous par jour, est propriétaire d’un fondsindustriel qui rapporte environ 300 francs par an. Celui qui a appris unmétier et qui peut gagner 3 francs par jour, est propriétaire d’un fondsqui lui rapporte dans l’année 900 francs plus ou moins. Pourquoi la familled’un peintre célèbre, d’un avocat de réputation ou d’un médecin habile,vit-elle dans l’aisance, môme sans que ces personnes possèdent aucuneterre et sans qu’elles aient fait aucune épargne? C’est parce qu’elles sonten possession d’un fonds industriel considérable. Il est vrai que ce fondsne rapporte qu’un revenu viager ; aussi, ne faut-il pas l’évaluer sur le mêmepied qu’un fonds de terre, et ne pas le porter au-delà de dix à douze foisle revenu.

Les facultés industrielles les plus richement rétribuées sont celles quicomposent le talent d’un entrepreneur d’industrie presque en tout genre.L’esprit fécond en ressources, le jugement exquis qui constituent un bonagriculteur, un bon manufacturier, un bon négociant, sont des qualitéspeu communes et qui suffisent pour rétablir une fortune que desmalheursou des imprudences ont bouleversée, souvent même dans les mêmes car-rières où d’autres hommes qui ne sont pas pourvus des mêmes qualitéspeuvent à peine se soutenir. J’en ai connu qui, après avoir été ruinés deuxou trois fois, ont recommencé et achevé autant de fois leur fortune. Ils nedevaient pas les accumulations dont elles étaient composées à des moyenshonteux; elles n’étaient pas le fruit de leurs capitaux, puisqu’il ne leurrestait rien : elles provenaient donc uniquement de leurs talents naturelsou acquis.

Vous n’attendez pas que je mette sur le compte des facultés productivesles moyens honteux dont on peut accroître sa fortune. Ils se réduisenttous, pour celui qui les emploie, à s’attribuer par la violence, par la fraudeou par l’adresse, un bien qui ne lui appartient pas, un bien qu’il ne tientpas de la libre concession de son possesseur. Or, cela n’est pas produire :c’est substituer criminellement un propriétaire à un autre. L’habileté d’unfripon ne fait donc point partie d’un fonds productif ; elle est au contrairefatale à la production, puisqu’elle tend à dépouiller et conséquemment àdécourager ceux qui produisent.

Les fonds industriels ne sont pas transmissibles comme les capitaux etles terres. Les talents tiennent à la personne qui les possède ; elle ne peut