Band 
Tome I.
Seite
524
JPEG-Download
 

QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.

injuste, ou seulement inutile, fait à l’iiumanilé) sont, sous un autre rap-port, une atteinte portée à la richesse publique. Elles coûtent à la nation,outre les frais de la guerre, toutes les avances faites dans les familles pourélever chacun des conscrits depuis sa naissance jusqu’à l’âge de vingt ans.Un simple manouvrier coûte chaque année à ses parents une somme quiva en augmentant graduellement, qu’il est difficile d’évaluer, une annéeportant l’autre, à moins de 180 francs, et à laquelle il faut ajouter chaqueannée l’intérêt composé des avances précédentes jusqu’à vingt ans; cequi, à cet âge, ne fait pas moins de 6,000 francs. Mais comme il y a untrès grand nombre de conscrits dont l’éducation coûte plus que l'éducationd’un simple manouvrier, ce n’est peut-être pas trop que de porter à 10,000 fr.le taux moyen des avances qu’il faut faire en nourriture, habillement, lo-gement et instruction, pour amener un homme à l’àge de vingt ans; sur-tout si l’on considère que ceux qui parviennent à cet âge doivent porterleur part des frais qui ont été faits en pure perte pour les hommes que lamort a surpris avant qu’ils y fussent parvenus. Or, à ce compte, chaquelevée de 300,000 hommes (et nous en avons vu de telles plusieurs annéesde suite), ne coûtait pas à la nation française moins de 3 milliards, sanscompter l’argent de poche et les effets d’équipement donnés aux conscritspar leurs familles, indépendamment des dépenses qui faisaient partie dubudget de l’État.

Il n’est pas inutile de prouver à ceux qui se croyaient de grands gé-nies, parce qu’ils calculaient sur les hommes comme sur des chiffres, qu’ilsétaient petits même comme calculateurs. Je ne m’arrête pas à ce que cesaffreuses dilapidations de créatures humaines, vantées dans les discoursofficiels du temps, ont coûté à l’humanité et au véritable honneur national.

Toute restriction mise à l’exercice légitime des facultés humaines estune atteinte portée à ce genre de propriété ; et par exercice légitime, j’en-tends celui qui ne porte pas préjudice aux droits d’autrui. Chaque hommeest libre, de par la nature, d’exercer toute profession, toute industrie quin’expose pas la sûreté de ses semblables, ou leur propriété. Si les besoinspublics obligent d’imposer une contribution à un genre d’industrie, l’équitéveut qu’elle soit imposée sur tous les autres. Les cautionnements exigésde certaines professions, comme celle des agents de change et des cour-tiers de commerce, sont, sous ce rapport, une atteinte à la propriété indus-trielle de tous ceux qui voudraient embrasser ces professions-là, et uneatteinte qui n’est point compensée par les avantages que l’on assigne pourl’excuser. L’expérience a prouvé que les agents à cautionnements ne nié-