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QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE IV.
recevoir en échange un travail qui a une valeur aussi ; et le travail exécutéde cette manière, étant analogue aux études de l’apprenti, son talent n’estpoint un capital oisif, mort pour la richesse générale.
Mais rien là-dedans ne justice l’esclavage. L’esclave n’a pas engagéd’avance son travail ; et l’eûl-il engagé, le contrat serait nul, car il n’arien reçu en retour de sa concession, et n’a pu rien recevoir, puisque sapersonne et tous ses accessoires étant la propriété d’un maître, ce quele maître lui aurait donné par contrat, il se le serait donné à lui-même;ce qui est absurde.
Les jurisconsultes anciens ont voulu fonder le droit du maître sur ledroit de conquête. Le vainqueur, disent-ils, pouvant disposer de la vie duvaincu, a pu exiger le sacrifice de sa liberté en échange de la vie qu’illui laissait. Mais qui ne voit que la force ne constitue pas un droit? autre-ment le voleur aurait légitimement acquis la bourse du voyeur| Les droïtsjdu vainqueur sur le vaincu ne sont pas plus légitimes. La force est un 1fait auquel il faut bien se soumettre, mais auquel on ne doit point de sou-mission, et dont on est autorisé à s'affranchir du moment qu’on le peut.Si un vainqueur laisse la vie au vaincu pour le réduire en esclavage et lefaire travailler à son profit, il continue à user de sa force contre un êtreplus faible que lui ; il continue à violer un droit naturel ; dès lors, l’es-clave qui se soustrait à la servitude ne fait qu’user de ses droits.
On peut conclure delà, ce me semble, que dans les pays où l’esclavagéest connu, toutes les lois qui règlent l’usage que le maître fait de son au-torité, loin d’attenter à la propriété, ainsi qu’on l'a dit à?l’occasion de l’es-clavage des nègres, lui sont favorables. Elles protègent la propriété del’esclave, qui se compose de ses facultés personnelles, contre l’usurpationde son maître. Mais on n’en est point encore parvenu à considérer la ques-tion sous tous ses aspects, puisque chez les peuples où la propriété est leplus respectée, comme chez les Hollandais, l’esclavage des nègres n’estpas moins oppressif que partout ailleurs. Leurs lois, faites par les maîtres,ne s’occupent que de la propriété des maîtres, et ne protègent pas les droitsde tous.
Au reste, depuis la prohibition du commerce des noirs, la nécessité deconserver ces utiles et infortunés cultivateurs a fait songer enfin auxégards qu’on leur doit ; et les résultats en ont été si heureux, que danstoutes les colonies anglaises, sans l’importation d’aucun nègre de traite,la population noire augmente maintenant tous les ans. La même obser-vation a été faite aux Etats-Unis.