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Tome I.
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DES PROPRIÉTÉS CAPITALES ET FONCIERES.

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a fait tort une fois au premier propriétaire d’un domaine, ce propriétairen’existe plus; ou si sa postérité existe, elle a perdu le plus souvent sesprétentions et ses regrets. Quel est le descendant du Gaulois ou du Ro-main qui ait conservé le moindre soupçon qu’aucune portion de la Francelui ait appartenu? et lors même que la spoliation serait plus récente etqu’on en pourrait montrer la trace, lorsqu’il serait prouvé que le droit depropriété ne repose que sur ce malheureux droit de conquête qui n’en estpas un, l’intérêt social commanderait encore de rendre ce droit inébran-lable ; car la sécurité du possesseur est une condition indispensable desavances auxquelles il faut qu’il se livre pour que la production ait lieu.

Je vous ai parlé de la considération attachée à la propriété territoriale.Elle vient probablement des habitudes féodales de nos ancêtres. L’ab-sence de propriété territoriale constituait le double esclavage de l’indi-gence et de la servitude. Ni le noble, ni le serf ne concevaient la possi-bilité d’une fortune indépendante mobilière.

Il est affligeant que des philosophes, d’ailleurs très éclairés, au nombredesquels il faut compter les économistes du dix-huitième siècle, aient voulufonder des privilèges politiques sur les abus d’une invasion des barbares.

Voici le type de tous leurs arguments : « Les propriétaires, dit Ger-« main Garnier', étant les maîtres du territoire, c’est à eux seuls qu’il ap-« parlient de régler les conditions sous lesquelles ils consentent qu’on y« réside; comme il n’appartient qu’au chef de famille, qu’au maître du« logis, de déterminer Tordre à observer dans sa maison par ceux qu’il« admet à faire partie de la famille. Tout ce qui n’est pas propriétaire« d’une portion du sol national, n’y peut exister que comme étranger...« De quelque manière qu’il y reçoive des subsistances, c’est encore un« propriétaire qui a bien voulu les lui céder, etc. »

Tout cela n’est qu’un sophisme spécieux où Ton suppose que le droit depropriété est antérieur à la société, tandis qu’il n’existe que par les con-ventions sociales, qu’il est par conséquent postérieur à Tordre politiquequi seul peut le consacrer et le garantir. Il est si vrai que la société peutexister sans reconnaître la propriété foncière, qu’il y en a de nombreuxexemples. Chez les Arabes et les Tartares nomades, il n’y a point de pro-priétaires fonciers, leurs lois ne consacrent que la propriété mobilière,les chars, les troupeaux ; et nous avons vu que c’est une des causes pourlesquelles ils ne peuvent devenir ni très industrieux ni très riches.

1 Notes sur Smith, note XXXII.