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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE V.

Dans les pays comme le nôtre, où la société reconnaît et consacre lespropriétés territoriales, c’est pour son avantage. Elle veut que quelqu’unpuisse avec sécurité faire les avances qu’exige la culture ; mais, commec’est en même temps un privilège qu’elle accorde, elle peut mettre un prixà cette concession ; et c’est de là que naît une législation dont la premièreclause est et doit être le droit qu’a tout membre de la société de n’êlre pasexclu du territoire. Ce n’est pas le propriétaire qui permet à la nation devivre, de marcher et de respirer sur ses terres : c’est la nation qui permetau propriétaire de cultiver les parties du sol dont elle le reconnaît posses-seur, et qui d’ailleurs se réserve et ne concède à personne exclusivementla jouissance des lieux publics, des grandes roules, des lacs et des rivières.

Quant au droit qu’on voudrait faire dériver de celle circonstance, quele propriétaire est maître des subsistances, ce qui semble mettre le non-propriétaire dans sa dépendance, ce droit est encore plus insoutenableque l’autre. Les subsistances sont des produits qui appartiennent à ceuxqui les ont fait naître. Elles appartiennent au laboureur comme au pro-priétaire, suivant les proportions qu’ils ont contradictoirement régléesd’avance. Lorsque l’un ou l’autre donne la part de subsistances qui luiest échue pour avoir en place quelque autre produit, ce n’est point qu’*Tdaigne nourrir celui avec qui il traite, car ce dernier paie fort bien lanourriture qu’il achète ; dire que le propriétaire veut bien permettre quele manufacturier se nourrisse de son blé, n’est pas plus raisonnable quede dire que le fabricant d’étoffes veut bien permettre que le propriétairefoncier n’aille pas tout nu. L’étoffe dont celui-ci fait un habit n’est plusl’étoffe du fabricant, c’est l’étoffe du propriétaire ; et le blé acheté par lefabricant n’est plus le blé du fermier, c’est celui du fabricant. Le fabricantl’ayant acquis avec ses produits, c’est comme s’il l’avait produit lui-même.

Tout cela n’empêche point qu’il n’y ait un très grand charme attaché àla propriété territoriale. Précisément par la raison qu’elle est moins fugi-tive, moins changeante que la propriété mobilière, on s’y attache par ha-bitude; on s’y attache par les sacrifices mêmes qu’on fait pour l’amélioreret l’embellir, de même qu’on s’attache à ses enfants autant par les peinesqu’ils vous coûtent que par les plaisirs qu’ils vous procurent. La propriété,sans conférer aucun droit politique, constitue une sorte de souveraineté,du moins sur le matériel d’un domaine, et une influence morale, ne fût-ceque celle qui lient à un monopole, à une jouissance exclusive; or, la do-mination, l’influence, quels qu’en soient la source et l’objet, plaisent à lavanité humaine.