DES PROPRIÉTÉS CAPITALES ET FONCIERES.
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Si, par la nature des choses, ou par l’imperfection des lois, les propriétésfoncières ont quelques avantages sur les autres, elles ont aussi leurs in-convénients. Leurs récoltes sont exposées aux intempéries de l’air, auxravages de la guerre; et le marché à forfait que l’on conclut avec un fer-mier ne met pas un propriétaire à couvert de ces perles. Les proprié-taires sont souvent exposés à accorder au fermier des remises et des in-demnités; ils sont exposés à des réparations et à des charges imprévues.On connaît le mot de Mme de Sévigné : « Je suis bien aise que mon fils« vienne ici (en Bretagne), pour voir un peu par lui-même ce que c’est« que l’illusion de croire avoir du bien, quand on n’a que des terres. »
Les biens fonds, par cela même qu’ils ne peuvent se déplacer ni se dé-guiser, restent en bulle aux attaques de la chicane et aux extorsions dufisc. On sait combien il est difficile d’avoir des terres sans avoir des procès.Les gouvernements tyranniques trouvent en elles un gage de la soumis-sion de leurs possesseurs. Les propriétaires de terres se sentent perpé-tuellement dominés par l’autorité publique, ce qui les dispose trop sou-vent à des complaisances préjudiciables au bien général. On dit que nuln’est plus attaché à son pays et à sa prospérité que celui qui possède unepartie du sol. Cette maxime n'est bonne que pour ceux qui font consisterla patrie dans le sol et non dans les citoyens. Il y a dans une nation biend’autres intérêts à défendre que ceux des propriétaires fonciers.
La propriété foncière n’est pas même un gage de résidence. D’abord, iln’y a pas de fortune foncière qui ne se change aisément en une fortune mo-bilière par la vente; et les valeurs qui en résultent donnent de grandesfacilités pour changer de pays. De plus, le riche est plus éclairé que lepauvre qui n’a jamais fréquenté les étrangers, qui n’a pas lu leurs livres,et qui n’a que rarement des occasions de visiter leurs contrées. Celui quin’est propriétaire que de sa personne, et qui avec sa personne transportetoute sa fortune, se déplace plus difficilement que celui qui a de grandsbiens. Les biens sont un auxiliaire pour se déplacer, et non pas un encom-brement. L’ouvrier qui vit au jour le jour, outre qu’il ne peut subvenir àaucune dépense de voyage, n’est pas en état seulement de soutenir sa fa-miire pendant l’espace de temps que le déplacement réclame. Il manquede cette instruction qui rend d’avance les personnes aisées familières avecles mœurs, le langage d’un autre pays. Les habitudes des classes richesdiffèrent bien moins d’un lieu à l’autre que celles des classes indigentes.Tous ceux qui ont eu des rapports avec ces dernières savent avec quelle