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Tome I.
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Ù3i QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.

répugnance elles quittent leur domicile habituel, même pour passer d’uneprovince dans une autre. J’ai été forcé une fois de faire venir des ouvriersdu département de l’Oise dans celui du Pas-de-Calais : ces deux, départe-ments ne sont pas séparés par une fort grande distance ; j’avais eu soinde faire marcher ces ouvriers en famille, conséquemment avec ce qu’ilsavaient de plus cher, de leur procurer des gains assurés, de faciliter leursarrangements, de leur rendre la vie douce. Cependant aucun ne résista àl’ennui, au malaise qu’on éprouve loin du pays natal. Au bout d’un certainnombre d’années, ils étaient tous, sans exception, retournés dans leurcanton. Un canton différent, pour la classe laborieuse, est un pays étranger.

Ce malaise est bien plus fort encore lorsqu’il s’agit de changer tout-à-fait de contrée et de langage. Tout le monde sait quels ravages la maladiedu pays causait parmi les troupes suisses au service étranger. On étaitobligé de proscrire autour d’elles le son des chansons que les soldats avaiententendues dans leur enfance ’.

« Malgré tout ce qu’on s’est plu à rapporter de l’inconstance de notre« nature, dit Adam Smith, il n’en paraît pas moins prouvé que, de tous les« bagages, l’homme est celui qui se transporte le plus difficilement d’un« lieu dans un autre 1 * * 4 . » Je ne crains donc pas d’affirmer que, sauf lesexceptions, la classe indigente est plus invinciblement attachée au sol quela classe aisée; qu’elle éprouve plus de difficultés pour transporter ailleurssa propriété, qui est sa personne.

Je ne crains pas d’affirmer non plus (et c’est une conséquence de lapremière proposition), que la patrie ne soit aussi bien défendue contre lesagressions étrangères par les pauvres que par les riches. Les riches ontde quoi perdre et de quoi sauver. Les riches ont, dans les calamités pu-bliques, des moyens de se consoler que n’ont pas les autres. Pourquoi sup-poserail-on que les pauvres sont moins intéressés au bien public que lesautres classes? Ils y sont plus intéressés que personne, parce que c’est sureux principalement que porte le fardeau des mauvaises institutions.

1 J’ai vu à Londres, autour des bassins où stationnent les vaisseaux de lacompagnie des Indes, un fort grand nombre de Chinois qui faisaient partie des

équipages. La faim qui les poursuit dans leur pays, les avait forcés de s’engagerau service de la compagnie : « Eh bien, me dit un capitaine anglais, malgré la« misère qui les attend s’ils retournent au lieu de leur naissance, malgré la

« peine de mort décernée contre eux, je les perdrai tous à la vue des côtes deb la Chine. »

,J Richesse ries nations , liv. 1, ehap. VIII,