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Tome I.
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1)E LA PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE.

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CHAPITRE VI.

De la propriété littéraire.

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Puisque nous passons en revue nos différentes sortes de propriétés, jedois en signaler une d’un genre assez particulier. Je veux parler de lapropriété littéraire et du droit d’auteur.

A ne consulter que son origine, une œuvre littéraire doit appartenir àl’homme à qui elle doit son existence. Il est propriétaire incontestable deson génie, de son talent, et, par conséquent, de tout ce qui en émane ; etquoique un livre imprimé soit un produit résultant des industries réuniesdu marchand de papier, de l’imprimeur, du libraire, etc., on ne peut nierque sans les pensées qui s’y trouvent, ce livre n’existerait pas. L’auteur afourni la matière première principale de chacun des exemplaires que l’onen fait et qu’on en fera. Mais une fois qu’un auteur a livré sa pensé aupublic, en est-il propriétaire encore? La société, qui est si fort intéressée àla diffusion des lumières, doit-elle sanctionner ce droit à perpétuité? Cedroit perpétuel ne serait-il pas une injustice! car enfin les pensées qui sontvenues à un auteur, auraient pu ensuite se présenter à un autre ; on nepeut d’avance en dépouiller ce dernier.

Ces questions sont délicates ; et dans l’intérêt de la société et de la jus-tice, elles valent la peine d’être examinées.

A ne regarder le droit exclusif des auteurs que comme un encourage-ment à créer un produit agréable ou utile, il faut convenir qu’il n’y en apas de plus naturel, ni de mieux proportionné au mérite de la production.

On a dit qu’il n’y avait que les bons ouvrages qui fussent contrefaits, etque la contrefaçon avait cela de bon, qu’elle les répandait davantage. C’estraisonner comme les sauvages dont parle Montesquieu : c’est couper l’arbrepar le pied pour en cueillir plus aisément les fruits. Si ce calcul iniquepouvait convenir à un peuple, ce ne serait qu’à celui qui n’aurait plus debous livres à désirer ou à attendre. Mais où trouver ce peuple? Nous avonscertes en français autant de bons livres que quelque nation que ce soit;cependant, nous manquons de bons ouvrages élémentaires sur presquetoutes les parties des connaissances humaines. Avons-nous sur l’histoire,sur les voyages, les meilleurs livres qui se puissent faire? Je ne connais pasune description de la France qui soit tolérable ; tandis que nous en avons