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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.

sait que la veuve du premier de nos poètes, de Racine, était trop imbuede dévotion pour avoir jamais assisté à aucune représentation des piècesde son mari. Je ne sais pas si elle les avait lues. Son fds avait en grandepartie les mêmes préjugés. Nous aurions pu être privés par eux d’un desplus précieux joyaux de notre trésor littéraire 1 .

Remarquez en outre que des lois qui interdiraient à d’autres qu’auxhéritiers la faculté de reproduire les écrits d’un auteur, finiraient parnuire à l’industrie nationale sans utilité pour les héritiers. L’ouvrage se-rait contrefait par l’étranger, qui, avec le temps, nous infesterait d’édi-tions subreptices et fautives, au détriment de nos lecteurs, de nos impri-meurs et de nos libraires.

11 suffirait, je crois, pour qu’un auteur se livrât avec courage à l’achè-vement d’une œuvre laborieuse, qui souvent, en épuisant sa bourse, ac-célère le terme de ses jours, qu’il fût assuré d’en laisser la propriété àceux qui ont vu naître ces fruits de son génie, à sa femme et à ses enfantspendant leur vie entière.

Telle est, ce me semble, la protection que la société doit, dans son in-térêt , accorder aux productions littéraires, protection qui, au surplus,ne rend pas une nation quille envers ses grands écrivains. Quels sontceux de ses citoyens qui lui rendent des services moins coûteux pour elle?Quels sont ceux qui portent plus loin sa gloire? De tous les monumentsdes hommes, les bons livres sont à la fois les plus durables et les plus ho-norables. Les pyramides d’Égypte périront avant les écrits d’Homèré. Cesfidèles tableaux de la nature humaine feront les délices de nos neveuxaussi longtemps que le monde durera. Nous-mêmes, que de découverteset d’utiles observations dans les sciences et dans les arts ne leur transmet-trons-nous pas? L’imprimerie, la gravure, par la facilité qu’elles donnentpour reproduire les ouvrages à mesure qu’ils dépérissent, feront passer ànos descendants nos travaux bien plus complets que nous n’avons eu lestravaux de nos devanciers ; et il les auront, débarrassés du fatras, des sot-tises et des erreurs qui encombrent nos bibliothèques ; le temps et les in-sectes font justice des livres inutiles ; et on ne les réimprimera pas éter-nellement. Les bons livres, au contraire, se reproduiront d’âge en âge.

1 Les scrupules de Racine n’ont pu nous priver de ses ouvrages composésjusqu’en 1677, mais ils nous ont privés de ceux qu’il aurait pu composer pen-dant douze années où son talent avait atteint sa plus grande hauteur; c’est-à-dire, entre Phèdre et Athalic.