Band 
Tome I.
Seite
544
JPEG-Download
 

SU QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE IX.

Dans la plupart des cas cet apprentissage était véritablement ridicule.Je vous demande, messieurs, ce que pouvaient apprendre en plusieursannées un garçon rôtisseur ou vitrier, un oiseleur, un perruquier, au-delàde ce que tout être raisonnable peut apprendre au bout de quelques se-maines? Depuis que les apprentissages et les compagnonnages sont sup-primés, laisse-t-on brûler les rôtis plus souvent qu’on ne faisait? frise-t-onles cheveux avec moins de grâce? Adam Smith remarque que la profes-sion de jardinier, une des plus difficiles de toutes, n’a jamais pu être as-sujétie aux apprentissages, et. que cela n’a point empêché qu’on ait eudes pèches savoureuses et des laitues bien pommées.

Ce n’était qu’à la suite de l’apprentissage qu’on était reçu compagnon etqu’il était permis à un maître de donner de l’ouvrage à un ouvrier. On seprivait ainsi des talents qui venaient du dehors. Dans les années de paixqui ont suivi les évènements de 1815, la France a eu lieu de s’applaudir den’être plus soumise aux réglements du compagnonnage. Plusieurs milliersd’ouvriers anglais sont venus s’y établir; ils ont répandu dans les ateliersbeaucoup de procédés avantageux, et surtout ils ont montré ce que l’onpeut attendre du soin, de la précision, de l’activité etdujugement apportésdans les travaux manuels de l’industrie. Ils ont été imités par les plus di-ligents des ouvriers français, et le seront avec le temps par tous les autres.Cette seule circonstance peut avoir les plus heureux résultats pour la per-fection de nos produits. Sous le régime des maîtrises, ces étrangers au-raient été repoussés, ou du moins les difficultés apportées à l’exercice deleurs talents les auraient dégoûtés, et ils auraient renoncé à travailler enFrance.

Si les ouvriers chassés de France par l’intolérance de Louis XIV, n’a-vaient pas pu s’établir en Angleterre et en Prusse, ces deux pays n’auraientpas recueilli les avantages que perdit la France à cette époque ’.

Afin de restreindre le plus possible le nombre des maîtres, on n’admet-fait autrefois dans la plupart des professions que les fils des maîtres, ouceux qui épousaient leurs veuves; on opposait du moins à l’admission desautres des formalités et des difficultés presque insurmontables. On reje-tait ordinairement ceux que l’on appelait étrangers, c’est-à-dire des com-

1 Si les privilèges des corporations de la cité de Londres se fussent étendusjusqu’à White-Chapel, la fabrication des soieries ne se serait pas alors natu-ralisée en Angleterre.