DES APPRENTISSAGES ET DES MAITRISES.
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patriotes nés dans line autre ville ; il fallait présenter un chef-d'œuvre ,c’est-à-dire un produit qui attestât le talent qu’on avait acquis. Or, commece chef-d’œuvre avait pour juges des hommes déjà en possession de lamaîtrise, c’était pour eux un moyen toujours subsistant d’admettre oud’écarter ceux qu’ils voulaient. Dans un grand nombre de communautés,il suffisait d’être marié pour être exclu de l’apprentissage et par conséquentde la maîtrise. La finance qu’il fallait payer en y entrant était, pour beau-coup d’hommes très industrieux, mais peu fortunés, une difficulté insur-montable.
L’esprit de monopole qui présidait à la confection des statuts avait étépoussé au point d’exclure les femmes des métiers les plus convenables àleur sexe, tels que la broderie, qu’elles ne pouvaient entreprendre pourleur propre compte. On ôtait cette ressource à une portion de l’humanitéqui en a déjà si peu; et l’on secondait ainsi la séduction et la débauche
On comprend combien est fâcheuse la position d’une personne indus-trieuse écartée par le monopole du genre d’industrie où elle est portée parson goût ou par la nécessité, d'un genre d’industrie qui est peut-être leseul qu’elle connaisse ou dont elle soit capable.
Sa condition est pire encore lorsque c’est le gouvernement qui nommeles monopoleurs. Car enfin, quelque intéressée que soit une communautéà empêcher qu’il ne s’y introduise de nouveaux concurrents, on conçoitqu’elle n’est quelquefois pas assez puissante pour y parvenir; mais un gou-vernement qui donne ou ôte à son gré la permission de travailler pourvivre, tient dans sa main l’existence même de tous les citoyens, des fa-milles : c’est la plus accablante des tyrannies; elle opprime sans avoir l’aird’imposer aucun fardeau ; elle tient les citoyens connue les physicienstiennent sous la cloche d’une pompe pneumatique d’infortunés animauxauxquels on ôte ou rend l’air à volonté.
Vous concevez aisément qu’il résulte des corporations un renchérisse-ment des produits, qui est un préjudice pour les consommateurs. Le pu-blic est en droit de se procurer les objets de ses besoins de la manière lamoins coûteuse. Dans l’ordre naturel, la concurrence lui garantit que lesprofits des producteurs ne sont que le juste salaire, l’équitable indemnitédes services productifs. La concurrence ôtée, cette garantie n’existe plus.
' Voyez le beau préambule de l’édit de 1776 sur les jurandes, rédigé parTurgot. OEuvrcs de Tttrgol, tome II, page 302.
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