548
QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
procès que la communauté soutenait ; d’autres pour les cadeaux qu’elleoffrait aux petits princes, etc. Les officiers de la corporation faisaient leurcour aux dépens des simples maîtres. Il y avait des droits d’inspection etde visite; les ateliers de l’industrie étaient ouverts à des supérieurs ja-loux, qui dérobaient un procédé qu’ils enviaient, et dénonçaient commeune contravention les méthodes qui blessaient leurs intérêts. La crainted’être en butte à leur malveillance obligeait chaque membre de la com-munauté à partager les vues les moins dignes d’être approuvées et à serendre complice de toutes les manoeuvres de ses chefs * 1 2 . Les esprits pro-cessifs entretenaient entre les communautés des querelles séculaires. Lestailleurs, par exemple, plaidaient éternellement contre les fripiers, pourétablir la ligne de démarcation qui sépare un habit tout fait d’un viel habit;les cordonniers contre les savetiers, pour ôter à ceux-ci le droit de faireleurs propres chaussures, celles de leurs femmes et celles de leurs enfants.
Il y avait autrefois, dans certaines villes de la Belgique, des commu-nautés dontles membres s’arrogeaient le droit de rester en même nombre,même lorsque les débouchés venaient à s’étendre. Qu’est-il arrivé? L’in-dustrie a déserté leurs villes ; on a fabriqué ailleurs ce que Ton fabriquaitchez elles, et leurs communautés, leur commerce, leur population, touta décliné. Elles faisaient jurer à leur prince, quand il montait sur le trône,de maintenir leurs privilèges, c'est-à-dire le monopole qui les ruinait*.
Le monopole des corporations est encore funeste aux intérêts de la so-ciété en arrêtant les progrès des arts. Ces progrès sont en général l’œuvrede la jeunesse ; c’est là qu’est l’activité nécessaire pour découvrir des pro-duits nouveaux, des procédés meilleurs ; c’est la jeunesse qui recueille parses études les découvertes journellement faites dans les sciences ; c’est ellequi voyage et qui peut faire d’heureuses applications des idées qu’elle a re-
les progrès, favorisés par d’autres causes, pouvaient surpasser le déclin qui eûtété la conséquence de celle-là.
1 Turgot, tome VIII, page 335. Les partisans des corporations prétendentque ce sont là des abus que l’on peut éviter en les rétablissant; mais les corpo-rations sont elles-mêmes un grand abus qui nécessairement donne naissanceà d’autres. Un enfant naît dans la famille d’un mauvais prince; un membre dela confrérie propose une réjouissance; plus le prince est mauvais, moins on oses’opposer à la réjouissance que la grande majorité de ses membres désapprouve.
2 Steuart, liv. II, chap. 23.