DES APPRENTISSAGES ET DES MAITRISES.
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cueillies. Or, elle est arrêtée à chaque pas dans les pays où elle rencontredes corporations privilégiées. Ces corporations ont pour officiers, poursyndics, les anciens de la communauté, ceux, qui ont vieilli dans les rou-tines, ceux dont la fortune est faite, mais qui veulent néanmoins gagnerencore sans se donner la peine de changer leur allure. Tout produit per-fectionné jette une sorte de défaveur sur les anciens produits ; il accusel’impéritie de leurs auteurs et fait tort à leur bourse ; il les blesse dans ceque les hommes ont de plus cher : leur vanité et leur intérêt.
De là ces règlements de fabrication, qui ne permettaient à aucun fabri-cant de se frayer une roule nouvelle. Quand les corporations furent sup-primées en France, on y portait depuis un siècle ou deux des bouracans,des tirelaines, des bazins, des gazes qui, pour le tissu, les dessins, les cou-leurs, n’avaient éprouvé, depuis leur origine, aucune bonification. Ce n’estque depuis la suppression des privilèges qu’on a fait des tissus beaucoupplus fins et plus variés, que l’on a admirablement combiné la soie, la laineet le coton, que le goût s’est manifesté dans les dessins, que Ton a em-ployé des couleurs plus solides, des nuances plus variées, que Ton a misles produits les plus agréables au niveau de toutes les fortunes.
Il n’a pas tenu aux corporations que nous ne fussions privés de tous lesarts qui font actuellement la gloire de l’industrie française et la richessede la nation. Elles agissaient dans leur genre comme ces ouvriers quibrisent les machines nouvelles dans la crainte de n’être plus employés.Vous pouvez voir, messieurs, dans mon Traité dlÉconomic politique , lesréclamations qu’élevèrent les corporations des villes d’Amiens, de Reims,de Beauvais, qui faisaient des étoffes de laine, pour qu’on supprimât lafabrication des étoffes de coton, industrie qui depuis a acquis tant d’éclatet procuré tant de richesses.
Lorsqu’on établit des impressions de toiles peintes, les villes de Paris,de Lyon, de Tours, de Rouen poussèrent des clameurs horribles. Toutesces industries pourlaut, par la force des choses, sont parvenues à se na-turaliser, au grand avantage du commerce intérieur, du commerce d’ex-portation, et surtout des consommateurs ; et, ce qui est digne de remarque,les anciennes industries, qui se disaient ruinées par ces nouveautés, n’ontcessé de prospérer de leur côté ; phénomène au surplus qui n’a rien desurprenant pour quiconque entend un peu l’économie politique 1 .
1 La fabrication des tôles vernies a été expulsée de France jusqu’à la révo-