Band 
Tome I.
Seite
558
JPEG-Download
 

558 QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI.

gner des lieux habités, dira-t-on. — Cela n’est pas toujours facile. D’abord,un pays en grande prospérité est habité partout ; et ensuite la nature dela fabrication ne laisse pas tout-à-fait libre sur le choix de la localité. Lafabrique de l’ammoniac, qui est très incommode par son odeur, ne peuLs’établir que là où se rencontrent beaucoup de débris animaux, et, parconséquent, à portée des grandes villes. On en peut dire autant des tan-neries. Il faut placer près des lieux habités les manufactures qui emploientbeaucoup d’ouvriers, parce que ce n’est que là qu’on les trouve réunis, etqu’ils peuvent se loger et se nourrir à bon marché.

Il y a, messieurs, dans une active industrie, des inconvénients commeil y en a dans tout. Si vous voulez absolument vous préserver de ce qu’ellea d’incommode, il faut savoir vous priver d’une partie de ses avantages.Si vous voulez jouir de tous ses avantages, il faut supporter ce qu’elle ad’incommode, en rendant toutefois les inconvénients supportables partoutes les précautions, tout le soin que suggère la prudence.

CHAPITRE XI.

Du système de la balance du commerce.

Jusqu’à l’époque de la renaissance des arts en Europe, c’est-à-dire jus-que vers le seizième siècle, les gouvernements des divers pays s’inquié-taient peu de la nature des retours que les commerçants recevaient del’étranger. Les droits de sortie et d’entrée avaient un objet purementfiscal ; c’étaient pour les gouvernements des moyens de lever des tributs,et rien de plus ; niais ensuite, lorsqu’on s’aperçut que le commerce étaitune source de prospérité pour les nations et de puissance pour les gou-vernements, on crut pouvoir l’exploiter plus à profit. Les publicistes, leshommes d’Etat, avant d’avoir suffisamment étudié la nature des richesseset ce qui les produit, crurent, avec le Vulgaire, qu’on est riche parcequ’on a beaucoup d’argent, au lieu de comprendre que l’on a beaucoupd’argent parce qu’on est riche ; ils en tirèrent la conclusion qu’il ne s’agis-sait que de faire venir beaucoup de métaux précieux pour s’enrichir,tandis qu’il s’agit de s’enrichir d’abord; car du moment qu’on est riche,on ne manque jamais de métaux précieux.

Tous leurs efforts en conséquence tendirent à tirer de l’étranger, nondes valeurs supérieures à celles qu’on y envoyait, mais plus de métaux