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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XL
pour faire les fonds de sa traite, y envoyer une valeur réelle, une chosepourvue de valeur par elle-même, on peut dire que les envois et les retoursqui se font d’un pays dans l’autre ont lieu en valeurs réelles. Les lettresde changene servent qu’à transporteràune autre personne le droit qu’avaitle tireur sur des valeurs réelles déjà envoyées, ou qu’il doit envoyer.
Ces valeurs peuvent être, soit des marchandises consommables, soitdesmétaux précieux, des monnaies, qui sont bien des marchandises aussi,mais qui ne sont pas des objets de consommation, ou qui, du moins, sontd’une consommation excessivement lente.
C’est ici que commence la partie systématique de ce que l’on appelle labalance du commerce. Ses partisans croient qu’il est de l’intérêt d’une na-tion de recevoir en retour des métaux précieux plutôt que toute autremarchandise. Pour apprécier cette opinion, il nous subira d’examiner ceque peuvent y gagner les différentes classes dont une nation se compose ;car il serait absurde de penser qu’une nation pût faire un gain sans quepersonne y gagnât.
Observons donc d’abord quels avantages retirent de leur industrie leshommes qui font le commerce extérieur ; nous verrons ensuite quels sontles avantages qu’en retirent les autres classes de la société, et si l’impor-tation des métaux précieux peut accroître ces avantages, ou leur expor-tation les diminuer. Nous chercherons ensuite si c’est un avantage pourune nation de posséder plus d’or et d’argent que la quantité de ces métauxque le commerce le plus libre entretient chez elle, et enfin si, en suppo-sant que ce fût un avantage, il serait possible de l’obtenir.
Tout commerçant fait un gain lorsque la valeur des retours qu’il reçoitsurpasse la valeur des envois qu’il a faits. Si en retour d’un envoi de 100,000francs que j’ai fait, je reçois une valeur de 90,000 francs seulement, fût-elle en or, il est constant, il est avoué que je suis en perle de 10,000 francs ;si je reçois des marchandises pour une valeur de 110,000 francs, je gagne10,000 francs, quand même parmi ces marchandises il n’y aurait pas uneonce de métal précieux. Il n’est si mince négociant qui ne soit convaincude la vérité de cette assertion ; elle se prouve par son seul énoncé.
Ce qui est vrai d’un négociant est vrai de deux, de cent, de tous. Ceuxqui gagnent reçoivent des retours supérieurs en valeur à leurs envois ; etcomme on ne peut pas supposer que la majeure partie des négociants d’unenation fasse habituellement un commerce qui leur donnerait de la perte,on doit admettre que la valeur des importations est en tout pays supé-