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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE.

CHAPITRE XI.

tout ce qu’il peut désirer ; tandis qu’avec tout autre produit, môme ensupposant la valeur de ce produit égale à celle de la somme d’argent, ilfaut, pour atteindre le même but, deux échanges. L’homme qui produitdu blé, et qui veut pour son blé se procurer des étoffes, est obligé devendre son blé d’abord (ce qui est un échange), et ensuite d’acheter desétoffes (ce qui est un autre échange).

Mais on a tort d’appliquer ce raisonnement aux opérations des négo-ciants. Leur métier, à eux, est de faire des échanges. Loin de les re-douter, ils les cherchent. Quand un marchand de meubles va dans unevente, il se regarde comme très heureux de troquer son argent contre desmeubles. De même, quand un négociant consent à recevoir de l’étrangerune certaine quantité de marchandise en échange d’une certaine quantitéd’argent, on peut être certain que celte marchandise, avec tous ses avan-tages, est aussi précieuse pour lui que l’argent avec tous les siens.

Cet avantage de vendre ses produits pour de l’argent est si bien réduità sa juste valeur par les marchands, que celui auquel on offre un sou seu-lement au-dessous du prix que vaut sa marchandise ne la vend pas. Si lavente pour de l’argent était toujours un avantage, il vendrait à tout prix.

Une des raisons qui font encore que les hommes, surtout quand ils nesont pas dans le commerce, cherchent dans une affaire quelconque à re-cevoir de l’argent préférablement à tout autre produit, c’est qu’en rece-vant une somme ils savent mieux quelle valeur ils reçoivent que lorsqu’onleur présente tout autre objet. L’idée de cent francs rappelle sur-le-champà mon esprit les quantités de chaque chose que je peux acquérir pour centfrancs. Lorsqu’on me paie cent francs en numéraire, je risque donc moinsd’être trompé sur la valeur de ce paiement que si Ton me donnait cinqhectolitres de blé, quoique par supposition ce blé valût tout autant.

Mais lorsqu’il est question de commerce, l’exacte appréciation de la va-leur d’une marchandise est aussi facile que celle d’une somme d’argent.Les nations font ensemble des affaires par leurs négociants ; or, qui ditun négociant, dit un calculateur qui sait bien la valeur de chacune deschoses qu’il fait acheter, qui se connaît dans les qualités des marchan-dises, qui en balance les divers prix courants, et qui préfère celle qui luiassure le plus de gain.

Enfin, ceux qui mettent un si haut prix à l’or et à l’argent considéréscomme moyens d’échange, ne font pas attention qu’ils ne sont une ri-chesse que par la facilité qu’ils donnent à leurs possesseurs de se procurerles objets qu’ils veulent avoir; et qu’une nation qui veut avoir un certain