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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.

Les capitaux vont, viennent d’un pays dans un autre ; mais c’est beau-coup plus sous d’autres formes que sous celle de métaux précieux. Lors-que j’envoie des soieries en Amérique, j’y envoie une portion de mon ca-pital; lorsque je me fais adresser en retour des tabacs, j’en fais revenirce même capital accru par des profils ou diminué par des pertes.

On n’est pas mieux fondé à représenter les capitaux qu’une nation pos-sède en écus, comme préférables en ce qu’ils sont plus solides, plus du-rables, que sous toute autre forme: tandis, ajoule-t-on, que toutes lesautres marchandises sont consommables, qu’elles disparaissenttoutesplusou moins promptement, l’or et l’argent ne dépérissent pas; ils serventéternellement et se multiplient par la circulation.

Un tel langage, messieurs, est tout-à-fait en arrière de l’état actuel denos connaissances économiques. Il est de l’essence des capitaux, nond’être inconsommables, mais au contraire de se consommer. Ils ne peu-vent servir qu’en se consommant sous une forme pour reparaître sousune autre ; et même, plus la consommation en est prompte, et moins long-temps on en perd l’intérêt. Aussi, quand on a une portion de capital enargent, cherche-t-on à la transformer le plus tôt possible en une marchan-dise consommable, ou en main-d’œuvre, qui est aussi une denrée consom-mable. Tant qu’un capital reste en écus, il peut être destiné à faire desavances à la production, mais il n’en fait point encore ; pour devenir utile,il faut qu’on le troque contre des objets de consommation. Un systèmequi s’y opposerait ferait l’office d’un imbécile ami qui dirait à un commer-çant : « N’allez pas vous aviser d’acheter les marchandises objets de votre« commerce. Gardez-vous de vous séparer de vos écus, substance solide« et durable, et de les donner contre des produits périssables. Du reste,« servez-vous-en en famille. »

Et si cet ami était le gouvernement; s’il avait la force en main ; s’il em-pêchait les négociants du pays de faire leur métier pour les empêcher deperdre leurs capitaux ; si, par intérêt pour les consommateurs, il leur dé-

velles marchandises. Pour qu’il soit augmenté, il faut que le même producteurfasse de nouvelles épargnes sur ses profits, et qu’il ajoute ces épargnes à son ca-pital. Or, il peut épargner aussi bien, soit que je le paie en or, ou que je le paieen marchandises; c’est-à-dire qu’il pourrait faire les mêmes épargnes dans lecas où, au fieu de faire venir mes revenus en or, je les eusse fait venir en droguesde teintures, et que j’eusse payé mon producteur en ces drogues, qu’il auraitemployées à teindre ses étoffes.