Band 
Tome I.
Seite
571
JPEG-Download
 

DES MÉTAUX ET DES MARCHANDISES.

571

fendait de consommer ce qu’ils préfèrent et ce qui leur coûte moins... Jem’arrête, de peur de le trouver trop ridicule.

Un employé dans les douanes qui a fait un livre d’économie politiqueen faveur des douanes a dit : « Si une ville de France envoie annuellement« à une ville d’Angleterre pour quatre millions de produits, et que la ville« anglaise lui en envoie pour quatre millions 200,000 francs, il est clair« que la ville française perdra chaque année une partie de son capital,

« verra diminuer de plus en plus ses moyens de travail, jusqu’à ce qu’é-« puisée de numéraire, elle renonce forcément à tout commerce, à toute« industrie, tandis que sa rivale doublera ses capitaux, pourra produire« à elle seule pour huit millions de marchandises, et s’ouvrir de nouveaux« débouchés avec d’autres villes de l’Europe. Tels sont les effets d’une« balance défavorable.... »

Vous voyez, messieurs, qu’il y a là confusion de numéraire et décapitai.

« Le raisonnement est le même pour deux nations, poursuit cet auteur,

« mais beaucoup plus fort, parce qu’il serait impossible que de deux villes« qui commercent ensemble, Tune épuisât l’autre, à moins que celle-ci ne« poussât l’imprévoyance jusqu’à la folie; tandis qu’il est très concevable« qu’une nation devenue tributaire d’une nation rivale, finisse par être« absolument dépouillée de son numéraire, et réduite à l’impossibilité de« continuer aucun échange *. »

Vous avez vu, messieurs, qu’en admettant ce cas extrême comme pos-sible, la nation ne serait pas dépouillée, et qu’elle serait au contraire de-venue plus riche si elle avait reçu en marchandises une valeur supérieureà celle qu’elle aurait envoyée en numéraire. Mais dans ce cas même, toutinadmissible qu’il est, une nation tout-à-fait dépourvue de métaux pré-cieux pourrait encore subvenir dans l’intérieur aux besoins de ses échangespar une monnaie fictive, comme un papier-monnaie, et sans que la sommede ses capitaux fût en rien diminuée. On en a vu des exemples; mais ilsn’étaient point l’effet des transactions commerciales ordinaires, ils étaientdus à l’introduction d’un papier monnaie, et le numéraire qui avait étéexporté avait indubitablement amené en retour des valeurs équivalentes.

Il faut être complètemen t rassuré sur ces ruines réciproques des nationspar le commerce. Les nations peuvent se ruiner mutuellement par laguerre, jamais par les communications pacifiques et volontaires. Les

' Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, pages 314et 316.