m QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.
se trouve dans la valeur de l’argent d’un pays à l’autre; c’est le cours duchange. A Paris, le cours du change d’Amsterdam exprime la quantitéd’argent que l’on paie dans la première de ces villes, pour acheter unesomme payable dans la seconde. S’il me suffit de donner à Paris centonces d’argent pour acquérir une lettre de change qui me vaudra cent cinqonces d’argent à Amsterdam, je suis assuré que l’argent vaut en Hollandecinq pourcent de moins qu’en France. On sait, par expérience, quels sontles frais de transport de l’argent d’Amsterdam à Paris ; on sait la valeurdu risque que court une somme en faisant ce trajet ; et si ces frais sontun peu moindres que le profit qui résulte de celte importation d’argent,on peut être certain que la spéculation en sera faite. Nulle marchandisene brave plus aisément les efforts que l’on lente pour arrêter sa marche :elle a beaucoup de valeur sous un petit volume : elle ne craint ni l’humi-dité, ni la sécheresse : elle se divise en aussi petites portions qu’on veut,ne coule pas comme les liquides et ne se corrompt jamais. Nulle contre-bande n’était plus constante ni plus facile que celle qui faisait passer au-trefois des piastres d’Espagne en France; et une enquête du parlementd’Angleterre a constaté que de Londres à Hambourg les frais de trans-port de l’or, et le risque, plus dispendieux encore, qu’il y avait à franchirles frontières les mieux gardées de l’Europe, n’ont jamais excédé 1 à 8pour cent.
Tel est le motif, l'unique motif, qui fait voyager les métaux précieuxd’un pays dans un autre : on les porte toujours d’un endroit où ils valentmoins, à un endroit où ils valent plus : et comme ils ne valent moins dansun endroit que parce qu’ils y surabondent, comme ils ne valent plus dansun autre que parce qu’ils y manquent, le commerce tend toujours à four-nir à chaque pays, en métaux précieux comme en autre chose, toute laquantité qui lui est nécessaire.
Outre la facilité du transport et de la contrebande, il y a d’autres rai-sons pour que le moindre besoin qu’une nation éprouve de métaux pré-cieux soit très promptement satisfait. Ces métaux ne sont pas des denréesde prompte consommation comme beaucoup d’autres. Le sucre que l’on aimporté Tannée dernière n’existe plus cette année-ci, du moins en grandepartie. Il faut chaque année que nous renouvellions la provision que nousen avions. Il n’en est pas ainsi des métaux précieux. Nous nous servonsencore, sous d’autres formes et sauf une bien légère déperdition, de laprovision dont se servaient nos pères, et la nôtre servira à nos enfants.C’est une marchandise qui s’use peu par la co nsommation et que le temps