LA BALANCE Dli COMMERCE RÉSULTAT IMPOSSIBLE.
ne détériore pas. Chaque famille conserve avec soin la portion qui ne sertpas de monnaie ; et quant à la portion qui sert de monnaie, elle ne faitque changer de mains et demeure dans la circulation. La France n’a doncbesoin chaque année de recevoir en métaux précieux qu’un supplémentnécessaire pour remplacer la déperdition d’une année, et, s’il y a lieu, nnelégère addition pour satisfaire à cette augmentation de numéraire, de vais-selle et de bijoux, suite ordinaire des progrès de la production et de l’opu-lence. Par des causes que j’ai remarquées ailleurs ', ces progrès sontlents de leur nature; une assez petite quantité d’or et d’argent suffit chaqueannée aux nouveaux besoins d’une nation même qui prospère * 2 .
Du moment que la quantité de métaux précieux que possède une na-tion suffit à ses besoins, et, à plus forte raison, quand elle les excède, per-sonne n’en fait venir, personne ne lui en adresse, car ces métaux n’ontpas alors une valeur supérieure à celle qu’ils ont ailleurs; ils en ont unemoindre peut-être, et l’on perdrait à en importer. Les lois peuvent bienempêcher les négociants d’exécuter une opération de commerce qui leurdonnerait du bénéfice, mais elles sont impuissantes pour les obliger à en-treprendre celle qui ne peut que leur occasionner de la perle.
Tenez donc pour assuré, que lorsqu’un pays a les métaux précieux qu’illui convient d’avoir au prix où les ont portés et leurs frais de productionet la concurrence des autres nations, on ne lui en apporte plus. Les par-tisans de la balance du commerce veulent à la fois deux effets contradic-toires et dont l’un exclut l’autre. Ils veulent que, dans notre pays, les mé-taux précieux soient plus abondants, et par conséquent moins précieuxque chez nos voisins ; et il veulent qu’on nous en apporte de chez nos voi-sins, c’est-à-dire qu’on les achète chèrement pour les revendre à bonmarché. Si leurs lois réussissaient à faire entrer de l’or et de l’argent, ellesen aviliraient le prix ; ce qui les ferait réexporter : ils manqueraient doncleur but. Si leurs lois ne déterminaient point d’importation d’or et d’ar-gent, elles seraient inefficaces, et ils manqueraient encore leur but.
La seule cause qui puisse occasionner une importation constante de
' Partie I re , chap. XIII.
2 Si des circonstances rares, comme la suppression d’un papier-monnaie, quioblige de recourir tout à coup à la monnaie métallique, élève accidentellementle prix du métal, cet effet, prévu dans plusieurs des considérations précédentes,cesse avec la cause passagère qui l’a produit; et le commerce des métaux re-\ prend sa marche accoutumée.