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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIH.

trouvent leur compte à faire le commerce, que les importations surpassenten valeur les exportations, nous recevons toujours du dehors, en mar-chandises, une valeur supérieure à celle que nous y avons envoyée. C’estce que l'on a fort ridiculement appelé jusqu’ici une balance défavorable,et d’autant plus défavorable que nous faisons avec les étrangers un com-merce plus lucratif.

Au premier aspect, il semble contradictoire que tous les pays à la foisimportent plus qu’ils n’exportent. Mais celte contradiction n’est qu’appa-rente. Nous évaluons les marchandises qui sortent de chez nous pour alleren Russie sur le pied de la valeur qu’elles ont avant leur départ, et laRussie les évalue sur le pied do la valeur qu’elles ont chez elle, c’est-à-dire,après leur arrivée ; et par une raison analogue, nous évaluons les marchan-dises que nous recevons de Russie d’après la valeur qu’elles ont aprèsleur arrivée, tandis que la Russie ne les a estimées que suivant la valeurqu’elles avaient avant de partir. Nous faisons figurer les chanvres russesdans le tableau de nos importations pour plus que la Russie ne les a com -pris dans le tableau de ses exportations ; et cela devait être ainsi ; car unpeuple ne peut évaluer les choses que selon la valeur qu’elles ont chez lui.

Les prohibitions les plus sévères, les douaniers les plus actifs, ne sau-raient changer ces effets, résultats nécessaires de la nature du commerce.On peut entraver les communications des peuples ; mais du moment qu’ily a une communication, du moment qu’un trafic s’établit entre eux, onne peut faire qu’ils se paient réciproquement en d’autres valeurs que lesproduits de leur sol et de leur industrie, et que chacun d’entre eux n’im-porte plus de valeurs qu’il n’en exporte.

Que devons-nous penser en conséquence de ces pompeux tableaux quenous présentent les partisans de la balance du commerce, et où l’on voitdes exportations de produits indigènes qui excèdent toujours de plusieursmillions l’importation des produits étrangers? Qu’ils ne peuvent inspirer amcune confiance ; et ce n’est pas seulement parce qu’ils sont en contradictionavec la nature des choses qu’ils ne méritent aucune confiance, mais parcequ’ils sont en contradiction avec des faits positifs mieux constatés.

Si l’on ajoutait foi aux tableaux des exportations et des importations del’Angleterre durant le cours du dix-huitième siècle, et si l’on en lirait lesconclusions qu’en tirent ceux qui croient à la balance, il en résulteraitqu’à la fin de ce dix-huitième siècle l’Angleterre aurait eu pour plus de500 millions sterling d’or et d’argent (12 milliards de notre monnaie) au-delà de ce qu’elle en possédait au commencement du même siècle. C’est