580 QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.
deux balances défavorables, tandis qu’elles étaient favorables Tune etl’autre.
Un de ces faiseurs de statistiques qui n’en sont encore qu’à la balance ducommerce, M. Seybert, dans ses Annales statistiques des États-Unis, s’a-perçoit avec un profond regret que l’Union américaine importe une va-leur qui excède de 15 millions de dollars (environ 50 millions de notremonnaie) la valeur de ses exportations. C’est-à-dire, qu’il gémit de voirses concitoyens faire un profit annuel de 50 millions de francs parle moyende leur commerce avec l’étranger. « Cependant, ajoute-t-il avec surprise,« il est évident que notre pays et notre commerce ont prospéré ! « Il s’é-tonne d’un effet très naturel et qu’on observerait partout de même, à dif-férents degrés, si partout on pouvait avoir des tableaux exacts des expor-tations et des importations. Pourquoi ceux des États-Unis nous montrent-ils mieux que d’autres la liaison de cette cause avec cet effet, la prospéritédu commerce jointe à des importations supérieures? C’est parce qu’ilssont plus naïfs que d’autres, et que les droits d’entrée aux États-Unis étantmodérés, les commerçants y sont moins excités qu’ailleurs à déguiser lemontant de leurs importations.
Je ne prétends point qu’en Angleterre, ni ailleurs, on ait à desseinrendu fautifs les tableaux de la balance du commerce, quoique l’envie demontrer ce que Ton considère comme un signe de prospérité puisse exercerquelque influence sur les chefs et les agents de l'administration'. Je veuxdire seulement qu’il est difficile de les avoir exacts, parce que l’intérêtprivé rend plus ou moins frauduleuses les déclarations qui leur servent debases. Là où les marchandises étrangères sont assujetties à de gros droitsd’entrée, on est intéressé à en atténuer la valeur pour payer moins dedroits ; là où le gouvernement accorde des primes d’exportation ou derestitutions de droits lorsque les marchandises sortent, on est intéressé àen exagérer la valeur pour recevoir davantage. Les registres des douanessont donc sujets à montrer les importations comme plus faibles qu’elles nesont réellement, et les exportations comme plus fortes. Les ministres et
* On lit dans les Mémoires du comte de Ségur, qui était ambassadeur de Franceen Russie (tome II, page 298), que les Anglais, afin de conserver les privilègesque leur commerce obtenait du gouvernement russe, et lui persuader que ce com-merce était très favorable à la Russie, prodiguaient les présents dans les bureauxet faisaient à volonté grossir les tableaux d’exportation ou diminuer ceux d’im-portation.