Band 
Tome I.
Seite
596
JPEG-Download
 

396

QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XV.

à 31 sous, on les tirera de France plutôt que de les fabriquer, et les con-sommateurs anglais les paieront alors avec une quantité de leurs servicesproductifs valant 30 sous, c’est-à-dire, avec une quantité de marchandisesanglaises dont les frais de production auront égalé 30 sous, tandis qu’onaurait pu acheter en Angleterre les mêmes corbeilles pour un tiers moinsde frais de production.

Or, la nécessité où l’on met les consommateurs de les payer ce prixéquivaut complètement pour eux à une diminution de revenu ; car notrerevenu à tous, quelle qu’en soit la source, est d’autant plus grand qu’il peutnous servir à acheter plus d’objets de consommation; et ce que nous don-nons de plus pour un objet diminue d’autant ce que nous pourrions con-sacrer à l’achat d’un autre.

L’ignorance presque générale où l’on est encore, par rapport à ce prin-cipe incontestable, fait que nous sommes ordinairement sacrifiés en notrequalité de consommateurs, c’est-à-dire dans la fonction que nous exerçonsle plus généralement, le plus constamment, pendant toutes les heures dujour, pendant notre sommeil même ; car les draps de lit dans lesquelsnous sommes couchés, nos matelas, la couchette, nos rideaux, notre ameu-blement, notre appartement, l’ardoise ou la tuile qui nous couvrent, sontdes objets que nous consommons en dormant. Nos revenus, à quelquesomme qu’ils se montent, sont dans une lutte perpétuelle contre tous nosbesoins. Ils sont diminués par chaque sou que Ton nous fait payer de plus,et que nous pourrions payer de moins. Calculez, si vous pouvez, ce quel’on fait ainsi payer de trop, en renchérissements, à une grande nation.C’est bien une autre somme que celle que les douanes reçoivent en droitsd’entrée. Un droit qui équivaut à une prohibition coûte souvent dessommes considérables, et ne rapporte pas une obole au gouvernement nià ses agents

La richesse d’une personne, d’une nation, n’est pas, comme on Ta dit

‘ Pendant le règne de Bonaparte, on expédiait de Londres des bâtiments char-gés de sucre, de café, de tabac, de coton filé, pour Salonique, d’où ces marchan-dises étaient portées sur des chevaux ou des mulets, à travers la Servie et laHongrie, dans toute l’Allemagne, et même en France; de sorte qu’une marchan-dise que Ton consommait quelquefois à Calais, venait d’Angleterre, qui en est àsept lieues, après avoir fait un détour qui équivalait pour les frais à un voyagede deux fois le tour de la terre. (Th. Tooke; Thoughls and détails on the highand low Priées of the lasl 30 ycars, part. Il, p. 53.)