598 QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XVI.
anglaise, les Anglais cherchent à s’en débarrasser, comme s’opposant auxprogrès de leur industrie’.
On s’aperçoit que je n’ai point parlé des droits d’entrée comme impôts,mais seulement comme des moyens de protéger l’industrie. Comme im-pôts, maintenus dans des bornes convenables, ils ne sont pas plus mau-vais que d’autres; mais comme moyens de protéger l’industrie, ils nepeuvent protéger une industrie qu’aux dépens d’une autre et aux dépensdes revenus des consommateurs.
L’abandonnement qu’on en fera un jour facilitera beaucoup la tâche del’administration ; et il eu sera de même du renoncement aux droits de fa-brication. Avec des droits de douane élevés, le gouvernement est cons-tamment en butte aux réclamations, tantôt d’une classe de producteurs,tantôt d’une autre. Si l’on ne baisse pas les droits d’entrée, les produc-teurs de vin se plaignent qu’on fait tort à leurs exportations ; si on lesbaisse trop, les maîtres de forges menacent d’éteindre leurs hauts four-neaux. Si on laisse entrer les sucres étrangers, les colons se plaignentqu’on les ruine ; si on frappe les sucres étrangers d’un droit prohibitif, leconsommateur se plaint qu’on lui fait payer le sucre 25 pour cent de plusqu’on ne le paie en Suisse ; le fisc se plaint que la cherté du sucre, en ré-duisant la consommation, nuit à la recette des douanes. Ne protégez au-cune classe de la nation, elles chercheront toutes les industries les plusgénéralement profitables ; elles ne pourront se plaindre que de la néces-sité des choses, et laisseront l’administration en paix. Si l’administrationordonnait que les menuisiers travaillassent en sapin et les ébénistes enchêne, il y aurait à chaque instant des réclamations et des plaintes ; onles laisse employer le bois qu’ils veulent, et personne ne se plaint.
1 L’opinion qui, à l’époque où l’auteur écrivait ces pages, se prononçait déjàsi haut en Angleterre pour la liberté du commerce extérieur, s ? est depuis lorstellement répandue et fortifiée, qu’elle a fini par amener, en 1846, une réformeradicale des tarifs d’importation. 11 n’a pas tenu aux économistes français queleur pays n’entrât dans la même voie; mais leurs efforts ont échoué jusqu’à pré-sent contre la coalition des intérêts protégés, et cela est triste à dire, contrel’ignorance des producteurs et des consommateurs, même de ceux qui auraientle plus à gagner par l’établissement de la liberté des échanges. (Note de l'êdileur.)