Band 
Tome I.
Seite
606
JPEG-Download
 

606

QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XV111.

vous sentirez facilement que, du moment que l’étranger ne peut être payédes marchandises qu’il nous fournit que par d’autres marchandises, fruitde nos propres services productifs, du moment que, même en consom-mant des produits étrangers, ce sont toujours nos produits que nous con-sommons sous une autre forme, il devient indifférent que nous fassionsnous-mêmes ou que nous achetions de l’étranger, fût-ce pendant l’éter-nité, les objets qu’il nous fournit. Nous pouvons prendre notre parti dece commerce, comme nous le prenons de recevoir du dehors le poivre etla canclle qui ne croîtront jamais chez nous, et dont nous avons vu quel’importation nous est favorable, puisqu’elle encourage la production desmarchandises avec lesquelles nous payons celte importation.

On insiste ; on dit : Si notre nation n’est pas en état de créer elle-mêmeces produits que vous consentez à tirer du dehors, elle peut en être acci-dentellement privée par la guerre ou par d’autres évènements. Je répondsqu’alors le moment sera venu pour notre nation de les créer par elle-même et avec plus de peine et de frais. Le système prohibitif veut l’enpriver dès à présent pour qu’elle n’en soit pas privée plus tard. Cela n’estpas raisonnable. D’ailleurs, je ne crois pas que Ton soit jamais privé dece que peut procurer le commerce. Nous ne pourrons, à aucune époque,produire nous-mêmes les denrées de la zone torride, et nous n’en man-querons jamais. Si par moments nous les avons payées cher, c’était parnotre faute : nous les aurions eues à des conditions fort modérées, si nousavions laissé arriver tous les commerçants qui, à l’envi les uns des autres,auraient été charmés de nous en apporter, et auraient pris en retour unefoule de marchandises françaises qui se vendaient mal. La consommationdu sucre était fort réduite sous le régime impérial, en raison de son prixélevé, et l’exportation de nos marchandises était fort réduite, parce quenous importions peu de sucre. Un temps viendra où Ton reconnaîtra queles négociants de deux nations ne sont jamais ennemis et concourent àla fois à la prospérité des deux pays ; on les laissera librement trafiqueren tous temps, et si les gouvernements ne sont pas assez sages alors pourse maintenir en bonne intelligence, du moins ils ne se feront la guerrequ’avec leurs soldats.

On regarde comme un très grand avantage une législation à l’abri delaquelle nous pourrions atteindre, par exemple, la perfection des quin-cailleries anglaises, et faire sur cet article les profits que les Anglais fontà présent. Mais si nous venions à fabriquer les quincailleries aussi bienque l’Angleterre et à les établir au même prix, nous ne lui en achèterions