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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIX.

En effet, les négociants anglais ne pourraient jouir chez nous, parexemple, de l’ouverture de nos ports, sans emporter sur leurs naviresdes produits de notre industrie; et si leur gouvernement en interdisaitl’entrée chez eux, il rendrait nul l’avantage dont les négociants anglais seseraient flattés de pouvoir vendre leurs produits à la France. Tout l’o-dieux de la mesure porterait sur l’administration anglaise : elle aurait lamain forcée par l’opinion publique.

Il est vrai que le gouvernement anglais pourrait faire un choix parmiles marchandises françaises et nous dire : « Nous recevrons autant de vin« ou d’huile que vous voudrez nous en vendre, parce que nous n’en pro-« duisonspas; mais nous excluons vos soieries et vos cotonnades. » Sansdoute ces préférences ont leurs inconvénients ; mais les goûts, les capricesdes consommateurs ont leurs inconvénients aussi, et cependant on ne jugepas à propos de les combattre par des droits. Si les anglais ne nous de-mandent jamais des pendules de cheminée, ce n’est pas parce que l’intro-duction en est défendue ; c’est parce que leurs cheminées sont trop étroitespour les porter. Si leur administration est assez mal avisée pour prohibernos rubans, considérons les Anglais comme des quakers qui, par principede religion, ne portent jamais de rubans. Toute espèce d’industrie ne s’at :tache-t-elle pas à épier les besoins des hommes, leurs caprices même,afin de les satisfaire? Les produits que l’étranger consent à recevoir denous doivent être à nos yeux des besoins qu’il a ; ceux qu’il ne veut pasrecevoir, des besoins qu’il n’a pas. Irons-nous lui chercher querelle parcequ’il n’a pas tels ou tels besoins? L’essentiel pour nous est le fait qu’il nelui est pas possible de nous vendre ses produits sans acheter des nôtrespour une valeur équivalente. Du reste, qu’il fasse son choix. Une nationest un vaste bazar où l’on étale des marchandises à différents prix ; cellesqui se vendent sont celles qu’il faut remplacer ; c’est là que doit se porterla fabrication. Tout autre encouragement n’y fait rien, et nulle fabrica-tion ne saurait être aussi profitable.

Du moment que nous sommes certains que les étrangers nous achètentautant de produits que nous leur en vendons ; du moment que nous sommesassurés que ceux qu’ils demandent constamment sont aussi ceux qui paientà nos producteurs les profits les plus assurés, quels motifs peuvent nousdéterminer à négocier des traités de commerce avec telles ou telles puis-sances, et à faire en leur faveur une exception à notre loi commune? L’in-térêt d’une nation est de traiter toutes les autres également bien ; et non