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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XX.
en même temps prospéré, toutes les personnes incapables de rattacherles effets à leurs véritables causes, n’ont pas manqué de dire qu’elle avaitprospéré à cause de ses prohibitions et de ses primes ; et elles ont eu soind’ajouter d’un ton triomphant que c’étaient là des vérités de fait contre les-quelles les raisonnements ne pouvaient rien.
Non, messieurs, ce n’est point une vérité de fait que l’Angleterre aitprospéré à cause de ses primes et de ses prohibitions. La vérité de fait estque l’Angleterre a prospéré parce qu’au total elle compose une nation ac-tive, laborieuse, intelligente; parce qu’elle donne à ses travaux une direc-tion utile ; parce qu’elle unit l’audace à la prudence ; parce que ses citoyens,en accordant à une entreprise tous les fonds nécessaires pour en assurerle succès, retranchent toutes les dépenses superflues; parce que si ses loiséconomiques sont mauvaises, son administration est en général bonne;si son gouvernement est cher, il ne tracasse pas les administrés et les pro-tège constamment; en un mot, l’Angleterre prospère parce que les causesde prospérité sont, chez elle, plus puissantes que les causes de détresse.Le fait qu’il s’agit de constater ici n’est pas que l’Angleterre a prospéré ;c’est un fait convenu : ce qu’il Luit trouver, ce sont les causes de cette pros-périté. Or, il est un peu déraisonnable de l’attribuer, non à ce qui peut lafaire naître, mais au contraire à ce qui est de nature à en contrarier l’essor.
A l’imitation des fautes de l’Angleterre , la France paie annuellementpour 10 millions de primes à l’exportation des produits de son commerceet de ses manufactures ; et, grâce à celte dépense, ses voisins jouissent deces produits à bien meilleur compte que les Français. On peut se procureren Suisse le sucre raffiné en France pour 18 sous la livre de 16 onces,tandis qu’en France elle coûte 25 sous. C’est, dira-l-on, une restitutiondes droits que l’on fait payer en France quand le sucre est importé. Maispourquoi affranchissons-nous l’étranger d’un droit que nous faisons payerà nos concitoyens? Quand nous exportons nos vins, restituons-nous auxexportateurs l’impôt territorial que supportent les vignobles?
Si nous ne remboursions pas les droits d’entrée que supportent lessucres, ajoute-t-on, le commerce étranger approvisionnerait seul nos voi-sins. — Pourquoi dès lors ne prenez-vous pas les moyens de libérer vossucres'des frais de production dont vos concurrents sont exempts? Pour-quoi conservez-vous des colonies qui, indépendamment de 25 millionsqu’elles coûtent à vos consommateurs, font en outre payer, par vos con-tribuables, 10 millions de gratification aux consommateurs étrangers? Siles raffinettrs français pouvaient acheter leurs matières premières à la