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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXII.

Sainl-Domingue sous l’ancien régime. On a vanté également l’état deslies à sucre de l’Angleterre, notamment de la Jamaïque. On verra tout àl’heure que ces établissements ont prospéré à l’aide d’un monopole et auxdépens de leurs métropoles. Le sucre est un assaisonnement extrême-ment agréable et utile, proportionnellement à ses frais de production ;l’expérience a prouvé qu’on en peut consommer beaucoup, même quandson prix est exagéré : on en consommerait immensément s’il était à sonprix naturel’. D’autre part, nous avons souvent eu lieu de remarquer laprospérité croissante des peuples d’Europe qui étaient forcés de prendretout leur approvisionnement de sucre dans les îles. C’est le monopole quia favorisé les colons des Antilles, et non leur assujettissement.

Cette prospérité d’ailleurs n’est pas bien claire, lorsqu’on sait combienles planteurs des îles étaient endettés envers leurs correspondants. Dansun espace de vingt années, de 1760 à 1780, le nombre des ventes forcéesqui ont eu lieu pour dettes, dans la Jamaïque, s’est élevé à 80,000, et lemontant de ces dettes a été de 82,500,000 livres sterl. (plus de 572 millionsde francs) ; dans le cours du même espace de temps, près de la moitié despropriétés foncières ont changé de mains par suite de ces ventes forcées’.

Je sais que les colons des Antilles ne réclament pas leur indépendance,parce qu’ils ont besoin de la protection de leurs métropoles contre les en-treprises de leurs esclaves ; mais ils souffrent d’ailleurs fort impatiemmentla d omination de leurs métropoles, et se soustraient à leur obéissance tou tesles fois qu’ils le peuvent. D’un autre côté, il faut toute la force des préjugésdes métropoles et de leur gouvernement, et le crédit des gens qui cherchentet qui donnent des places, pour que les métropoles emploient leurs re-venus et leurs forces militaires pour tenir ensemble des éléments si dis-cords, et défendre, en cas de guerre, un système aussi désastreux 8 .

' « Ceux qui n’ont pas vu de leurs yeux quelle énorme quantité de sucre on» consomme dans l’Amérique espagnole, même dans les familles les moinsaisées,» doivent être étonnés que la France entière n’exige pour ses propres besoins» que trois ou quatre fois autant de sucre que l’île de Cuba, dont la population« libre n’excède pas 3-40,000 habitants. » Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne, tomeIII, page 181.

* Ch. Comte, Traité de Législation, tome IV, page 433.

* Les gouverneurs nommés par les métropoles aux Antilles françaises, an-glaises et espagnoles, sont obligés d’obtempérer aux volontés des principaux dela colonie pour ce qui concerne les intérêts de la localité, et contrairement au