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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXIII.
Il reste à savoir si les débouchés que nos colonies nous présentent pournos produits nous indemnisent de ces deux pertes. Mais qui ne voit que,de quelque côté que nous viennent les denrées équinoxiales, nous avonstoujours un débouché égal aux sommes qui sont nécessaires pour les payer ?Vous avez déjà vu, messieurs, que nous ne pouvons rien payer au dehorsqu’avec nos produits intérieurs, même quand il nous arrive de payer l’étran-ger avec de l’argent ; car ceux de qui nous tenons cet argent reçoivent nosproduits en échange de l’argent qu’ils nous envoient. En conséquence, lesucre que nous achèterions à la Havane ou au Bengale, ouvrirait à nosproduits un débouché aussi large que celui que nous achetons à la Marti-nique et à la'Guadeloupe. Que dis-je? Il serait plus important, car le sucreétant moins cher, ce commerce acquerrait beaucoup plus d’extension.L’asservissement de nos colonies, loin de nous procurer de nouveaux dé-bouchés pour nos produits, ne sert donc qu’à les borner.
Mais quand il serait vrai que nos sacrifices en leur faveur nous assure-raient un débouché que nous n’aurions pas sans elles, la réciprocité neserait pas égale. Le marché de nos colonies est nécessairement borné etle sera chaque jour davantage ; nous suivons au contraire en Europe unemarche progressive ; nous offrons donc à nos colonies un débouché tou-jours croissant en vertu de nos progrès ; elles nous en offrent un qui dé-croît sans cesse en raison de leur déclin. C’est une observation très judi-cieuse de M. Comte, dans son Traité de législation*. « Les îles à sucre,« dit cet auteur, sont bornées, et il ne dépend pas des possesseurs d’en« étendre les bornes : l’esclavage réduit les facultés des maîtres et des« esclaves dans les limites les plus étroites, surtout dans ce qui est relatif« à l’industrie-, loin d’avoir de nouveaux capitaux, les colons sont en gé-« néral accablés de dettes ; les terres exploitées par des esclaves, et sous
tafia, ou rhum, qui lui permet de fournir le sucre -terré presque au même prixque le sucre brut ; tandis qu’en France nous sommes obligés de refondre le sucrebrut, ce qui change une portion du sucre en mélasse, et entraîne des frais decombustible et de main-d’œuvre supérieurs à la valeur de la mélasse qu’on ob-tient. Le colon, le raffineur perdent donc à cette prohibition, et elle va direc-tement contre son but, car l’armateur et le fisc y perdent eux-mêmes : en effet,la consommation serait plus considérable, si les frais l’étaient moins. Voilà lerésultat de ces mesures que, dans de beaux rapports, on nous donnait commeessentiellement protectrices de notre commerce.
1 Tome IV, page 132.