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Tome I.
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POLITIQUE COLONIALE DES EUROPÉENS.

« la direction de propriétaires qui manquent de capitaux, deviennent de« moins en moins productives. Ainsi, tandis que d’un côté les richesses« et la population se multiplient en Europe, que les produits manu-« facturés sont offerts en plus grande abondance, à plus bas prix, et que« la demande que nous faisons des denrées équinoxiales s’accroît, leur« production reste concentrée dans le même espace et devient de plus en« plus chère'. »

On vient de voir que nos colonies augmentent nos dépenses en nousvendant leurs produits au-dessus de leur prix naturel ; que, bornant parlà notre consommation, elles bornent la production que nous ferions pouracquitter des importations plus considérables ; ce n’est pas tout : elles nouscoûtent en outre les contributions que nous payons à cause d’elles. Pouradministrer et garder les pauvres colonies qui nous restent, il en coûte,suivant un rapport du ministre de la marine * * 3 * ,11,860,000 fr., sur quoi lesrecettes locales fournissent 5,790,000 fr. Partant elles coûtent encore à laFrance au-delà de 6 millions tous les ans, sans compter toute la partie denotre établissement maritime et militaire qui a pour objet de les protéger.Et cela ne serait encore rien auprès de ce que nous coûterait leur défenses’il y avait une guerre. Que d’escadres mises en mer ! Que de troupes de dé-barquement ! Que d’approvisionnements et de pertes par les accidents de laguerre et de la mer ! On a calculé que chaque militaire envoyé dans les co-lonies coûte au gouvernement le double de ce qu’il coûterait en Europe.

Telle est depuis longtemps l’opinion des hommes instruits 5 . Le respec-table Poivre, intendant de l’île de France, l’un des plus probes et des

* En l’année 1700 la consommation du sucre en Angleterre n’était annuel-

lement que de 15 mille tonneaux ; en 1820, elle était de 130 mille tonneaux

(quinze à dix-sept livres par personne). Il est vrai que les colonies à sucre del’Angleterre se sont multipliées. En France, la consommation du sucre n’estguère que de 31/4 livres par personne. Qu’on juge de ce qu’elle pourrait devenirsi le monopole exercé par nos colonies réduites en nombre n’en mettait pas leprix au-dessus de la portée de beaucoup de nos concitoyens !

2 Publié en 1820.

5 « La force et le bonheur d’un État consiste, non à avoir beaucoup de pro-« vinces mal cultivées, mais à tirer de la terre qu’on possède tout ce qu’il faut« pour nourrir aisément un peuple nombreux. » Fénélon, Education des Filles ,chap. IX.