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Tome I.
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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXIII.

plus judicieux serviteurs que la France ail eus ; Poivre, qui avait passé lamajeure partie de sà vie dans toutes nos colonies, avait, dès le temps deLouis XV, consigné dans ses Mémoires des réflexions analogues à celles-là. Franklin, plus célèbre encore et non moins judicieux, non moins ins-truit, parle demême. L’un des meilleurs arithméticiens politiques, ArthurYoung, voyageant en France sous Louis XVI, après avoir démontré quenotre souveraineté sur Saint-Domingue ne nous valait absolument rien etnous coûtait annuellement 48 millions, fait un calcul qui prouve que sil’on avait consacré pendant 23 ans cette somme à l’amélioration d’une seuleprovince de France, telle que le Bourbonnais ou la Sologne, le revenuterritorial de la France aurait été accru d’un nouveau revenu de 120 mil-lions par année.

On peut donc affirmer hardiment que les colonies qui sont restées dé-pendantes des peuples de l’Europe sont pour ces derniers un énormefardeau dont ils doivent chercher à se débarrasser. Si Ton répétait, en fa-veur d’un système qui tombe de vétusté, l’éternelle, objection que l’Eu-rope a fait d’immenses progrès avec le système colonial, il faut répondreavec la même persévérance que la prospérité des États de l’Europe estailleurs que dans les souverainetés qu’ils exercent au loin : elle est dansles admirables développements de leur industrie; développements quel’entière émancipation du monde tend à favoriser. Les colonies qui lessurchargent sont un obstacle et non un auxiliaire pour leur prospérité.Si l’Espagne est déchue à l’époque de l’indépendance de ses colonies, ellea dû ce triste effet à la guerre qu’elle leur a faite, au lieu de reconnaîtreleur émancipation et d’établir un libre commerce avec elles. L’État dontles progrès sont le plus rapides, la fédération de l’Amérique du Nord, nepossède point de colonies, et n’en veut point avoir.

On demandera peut-être : Quel avantage aurons-nous, nous autres Eu-ropéens, à retirer des colonies, si elles se gouvernent par elles-mêmes? Levoici, indépendamment de l’économie.

Une administration toute dans l’intérêt du pays en favorise à un trèshaut point la prospérité. L’État y vend des terres à bas prix parce qu’ellesne lui coûtent rien. Les impôts étant minimes ou nuis, les frais de pro-duction y sont peu considérables, et Ton y vit à meilleur compte. Rienn’est plus favorable à la production et à l’exportation. Delà augmenta-tion d’industrie agricole et commerciale dans la colonie, c’est-à-dire,augmentation de population et de moyens d’acheter. Or, qu’achètent descolonies européennes? principalement des produits de l’Europe, parce