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POLITIQUE COLONIALE DES EUROPÉENS.
que ce sonl ceux qu’elles peuvent établir avec le moins d’avantage. A quiadressent-elles leurs demandes de préférence ? C’est à leur mère-patrie,quand celte mère n’est pas une marâtre ; à leur mère-patrie, avec quielles ont nécessairement conservé une grande conformité de mœurs, dereligion, de langage ; à leur mère-patrie, qui leur envoie le superflu de sapopulation, et avec qui, par conséquent, s’entretiennent constamment desrelations personnelles de parenté, d’amitié et d’intérêts pécuniaires.
Et ce que je vous dis là, messieurs, n’est point fondé sur des présomp-tions, sur des désirs purement philanthropiques, ni sur des notions im-parfaites : cela est fondé sur une connaissance approfondie de toute l’éco-nomie des nations, sur la nature des choses qui est toujours obéie, surl’expérience directe enfin. Un fait généralement avoué maintenant, mêmede ceux dont il a condamné les systèmes et les routines, c’est que l’An-gleterre gagne beaucoup plus avec les États-Unis que lorsque ces Étatsse trouvaient gouvernés par elle. J’ai rapporté dans mon Traité d'Éco-nomie le fait suivant, et je le répète ici, parce qu’il est décisif : Lorsqu'un1783, le gouvernement de la Grande-Bretagne vit qu’il ne pourrait pasfaire autrement que de reconnaître leur indépendance, la ville de Bristol,dont le principal commerce était celui des colonies anglaises de l’Amé-rique septentrionale, adressa une pétition au parlement, où elle repré-senta qu’elle était perdue si le gouvernement les déclarait indépendantes.Il le fallut pourtant bien ; les habitants de ce port de mer se regardèrentcomme ruinés ; il était affreux de penser que les colons ne seraient plusobligés de passer par leurs mains et communiqueraient directement avectoutes les nations. Que pensez-vous qu’il arriva, messieurs? Peu d’annéesn’étaient pas encore écoulées, que la ville de Bristol présenta une secondepétition pour être autorisée à agrandir son port, attendu, disait-elle, queson commerce avait doublé ! Depuis ce temps, la ville de Liverpool estentrée en partage pour ce commerce ; sa population a quadruplé, et laville de Bristol n’a pas cessé de prospérer.
Voyez quel a été le mauvais calcul de l’Angleterre quand l’orgueil de ladomination l’a précipitée dans cette guerre : si elle avait prié ses coloniesd’accepter leur indépendance, elle aurait joui sept ans plus tôt des grandsavantages qu’elle a recueillis de ses nouveaux rapports avec les États-Unis; elle n’aurait pas eu la honte d’être battue sur terre, et, ce qu’il y ade pire pour elle, sur mer ; elle aurait gagné 1,800 millions de notre mon-naie, que celte seule guerre lui a coûtés, et qui ont aggravé sa dette; enfinelle aurait dans les Américains, au lieu d’ennemis secrets, desamis sincères.